Le mercredi des Cendres nous entrons en carême. Quarante jours qui nous préparent à la fête de Pâques, quarante jours pour cheminer dans l’espérance ! Quarante jours pour nous laisser entraîner sur le chemin de la Parole de Dieu, de la réconciliation, du jeûne, du partage et de la charité. Quarante jours pour accueillir l’inattendu de Dieu !
Laissons-nous surprendre par l’action de Dieu !
Dans son message pour le carême 2024, le Pape, faisant référence au livre de l’Exode, soulignait « un détail qui n’est pas sans importance : c’est Dieu qui voit, qui s’émeut et qui libère, ce n’est pas Israël qui le demande. » Rappelant l’action de Pharaon et de son administration, le Pape dénonce une nouvelle fois « un défaut d’espérance ». « L’exode peut prendre fin : autrement, on ne pourrait pas expliquer pourquoi une humanité qui a atteint le seuil de la fraternité universelle et des niveaux de développement scientifique, technique, culturel et juridique capables d’assurer la dignité de tous, tâtonne dans l’obscurité des inégalités et des conflits. »
Pèlerins d’espérance, nous marchons sur le chemin de l’Exode. L’Église nous propose de faire l’expérience de la libération décidée par Dieu selon trois dynamiques propres : le jeûne, le partage et la charité. Il s’agit d’un socle à maintenir uni.
Dans la conception chrétienne, la charité est une forme d’amour totalement gratuit, sans égoïsme. C’est l’apprentissage du décentrement et de la rencontre en profondeur.
« La prière, la charité et le jeûne ne sont pas des remèdes seulement pour soi, mais pour tous : ils peuvent en effet changer l’histoire, car ce sont les voies principales qui permettent à Dieu d’intervenir dans notre vie et dans la vie du monde. Ce sont des armes de l’esprit » écrit le Pape en mars 2022.
Dieu parle
Refonder la vie de l’Église et celle de tous les croyants sur la lecture de la Parole de Dieu a été l’une des intuitions centrales du Concile Vatican II.
François, dans sa Lettre d’indiction de l’année Sainte, souhaite que le Jubilé puisse être l’occasion de ranimer l’espérance. Il précise même que « la Parole de Dieu nous aide à en trouver les raisons. » Si ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ, selon la formule de saint Jérôme citée dans la constitution sur la Révélation divine promulguée le 18 novembre 1965 par Vatican II, de même ignorer la Parole de Dieu, c’est passer à côté de l’espérance.
« La demande d’actes de clémence et de libération permettant de recommencer est un appel ancien qui vient de la Parole de Dieu et qui perdure avec toute sa valeur (Lv 25, 10) » précise le Pape.
Souvenons-nous de ce passage du livre du prophète Ézéchiel (3, 1-3) :
Le Seigneur me dit : « Fils d’homme, ce qui est devant toi, mange-le, mange ce rouleau ! Puis, va ! Parle à la maison d’Israël. » J’ouvris la bouche, il me fit manger le rouleau et il me dit : « Fils d’homme, remplis ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que je te donne. » Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme du miel.
Au cours du carême 2025, mettons la Parole de Dieu à la première place. Mangeons-la, laissons-nous former par elle afin d’être des pèlerins et des témoins d’espérance.
Réconciliation et espérance
« Les églises jubilaires… seront des oasis de spiritualité où l’on pourra se rafraîchir sur le chemin de la foi et s’abreuver aux sources de l’espérance, avant tout en s’approchant du sacrement de la réconciliation, point de départ irremplaçable d’un véritable chemin de conversion. » Dans les diocèses, « l’on veillera de manière spéciale à la préparation des prêtres et des fidèles aux confessions et à l’accessibilité du sacrement sous forme individuelle » indique la Lette d’indiction de l’Année Sainte.
Elles sont belles les paroles du psaume 102, fortes de consolation :
Versets 3 et 4 :
Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse ;
Verset 8 et 9 :
Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ;
il n’est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ;
Verset 10 :
Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses.
Verset 12 :
Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés.
Ce sacrement est vécu partout, pas seulement dans les églises jubilaires.
« Ceux qui s’approchent du sacrement de pénitence reçoivent de la miséricorde de Dieu le pardon des offenses qu’ils ont faites ; en même temps, ils se réconcilient avec l’Église que leur péché a blessée et qui coopère à leur conversion par la charité, l’exemple et la prière (Célébrer la pénitence et la réconciliation, Rituel, n° 8).
Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! (2 Co 5, 20)
Faut-il rappeler que le sacrement est appelé « sacrement de réconciliation » ? « Il donne au pécheur l’amour de Dieu qui réconcilie : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20) (Catéchisme de l’Église Catholique, n°1424).
La Lettre d’indiction ajoute : « La Réconciliation sacramentelle n’est pas seulement une belle opportunité spirituelle, mais elle représente une étape décisive, essentielle et indispensable sur le chemin de foi de chaque personne… il n’y a pas de meilleure façon de connaître Dieu que de se laisser réconcilier par Lui (cf. 2 Co 5, 20), en savourant son pardon. Ne renonçons donc pas à la Confession, mais redécouvrons la beauté du sacrement de la guérison et de la joie, la beauté du pardon des péchés ! »
Cet appel de l’Église s’adresse à tous les baptisés ! Entendons-le ! Vivons-le !
Pour être des pèlerins d’espérance, vivons ce temps de grâce dans la prière, le jeûne et la charité, réconciliés avec Dieu notre Père et avec nos sœurs et frères.
5 mars 2025
Mercredi des Cendres
+ Pascal Delannoy
Archevêque de Strasbourg

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