Vivre l’Avent et Noël sobrement

Pourquoi ne pas remplacer nos cadeaux par de l’investissement solidaire ? Par exemple, des actions Terre de Liens pour aider à l’installation de paysans en Bio.

Pourquoi un Noël sans cadeaux ?

Pour célébrer Noël, il est d’usage que la plus grande attention soit prêtée aux cadeaux et aux repas et ce, le plus souvent, dans un cadre familial. Si le cadeau exprime un moment de générosité et d’échange, cela se traduit bien souvent par une préoccupation matérielle excessive, par une « corvée » de magasins et de grandes surfaces. Ceci conduit beaucoup d’entre nous à éprouver une forme d’écœurement face à cet « hyper-matérialisme ».

Combien de temps consacrons-nous à notre préparation spirituelle et à penser à ce qui ferait réellement la joie et le bien de notre prochain ?

Prenons-nous le temps d’apprendre à connaitre notre prochain ?

Une parole d’Évangile commande d’être comme le « lys des champs », affranchis des soucis de ce monde.

Malgré cela, à l’occasion de l’avènement de Jésus dans le plus grand dépouillement, nous nous plongeons dans la frénésie. Ne risquons-nous pas de choisir, par automatisme, essentiellement le rôle de Marthe, nous privant de la « meilleure part », celle de Marie ?

Nous sentons bien que quelque chose « cloche », mais, en dépit de nos aspirations à une vie simple, il est difficile d’aller à contre-courant des habitudes, des traditions, du flot de la vie contemporaine et des injonctions de la publicité. C’est pourquoi ce vade-mecum se propose d’aider très concrètement celles et ceux qui aspirent à vivre Noël autrement, à décroître matériellement mais à croître en félicité, en amour et en don.

Cela nécessitera probablement d’y « investir » moins d’argent mais plus de temps, denrée rare de nos jours.

C’est pourquoi ce livret s’étend sur les quatre semaines de l’Avent en proposant des idées et des témoignages simples pour mieux se centrer sur le sens de cette fête, sur l’attention à l’autre, afin d’en sortir nous-mêmes nés une nouvelle fois.

Une brève histoire des cadeaux de Noël

Aujourd’hui, Noël est une fête où règne l’abondance des objets et de la nourriture, fête essentiellement vécue dans un cadre familial magnifié.

Comment en est-on arrivé là ?

Dès le IVe siècle, la date de Noël a été fixée au 25 décembre et des représentations de la Nativité ont été trouvées dans des tombeaux romains. Les premières crèches, initiées par saint François d’Assise sous forme de « crèches vivantes », étaient vécues sur le mode communautaire puisque la scène se déroulait dans l’église.

Au XVIe siècle, des Jésuites introduisirent l’usage de crèches de modèle réduit sous l’aspect que nous leur connaissons aujourd’hui.

Comment vivait-on alors cette fête ?

« La fête de Nativité était, dans le monde rural, celle de l’abondance et du repli domestique hivernal. […]

Les réserves accumulées pendant la bonne saison et l’abattage du cochon qui précédait Noël assuraient aux paysans de faire le lien alimentaire jusqu’au printemps ».

Depuis, cette fête s’est fortement transformée à la faveur de mutations économiques, techniques et sociales, mais elle demeure un temps « sacré » dans des sociétés sécularisées.

Les cadeaux en famille : une invention récente

« Si certains historiens ont pu parler de Noël comme d’une « invention » de la bourgeoisie victorienne, c’est que celle-ci est surtout liée à l’importance nouvelle que cette société donne à la vie privée et à la valorisation conséquente du foyer qui devient à cette époque une sorte de refuge et un véritable rempart face à une société qui s’industrialise brutalement ».

Les récits de Charles Dickens décrivent la dureté de cette période mais l’auteur magnifie aussi le Noël familial dans le Conte de Noël (1843).

« Ces rites et ce décor vont séduire progressivement l’Allemagne et la France » en uniformisant certains usages au détriment des coutumes locales.

Des cadeaux portés par les grands magasins

Rapidement, un rituel jusqu’alors inédit se répand ; celui du Christmas shopping, favorisé par une nouvelle abondance de produits de consommation, principalement au profit des enfants qui reçoivent alors des poupées, des chevaux à bascule, etc. Ces cadeaux viennent alors remplacer les étrennes qui étaient données traditionnellement au 1er janvier.

En France, la première « vitrine de cadeaux » date de 1878 et présente au Magasin du Louvre une galerie de 200 mètres de long appelée « Exposition de jouets et objets pour les étrennes ».

En 1900, le Bon Marché présentera la première vitrine animée sur le thème de la récente découverte du pôle Nord. Le cadeau se construit aussi grâce au papier d’emballage historié, encore appelé « papier cadeau », qui naît aux États-Unis à la fin du XIXe.

Ce papier n’arrivera en France qu’après la Seconde guerre mondiale.

Fête de la consommation

Le père Noël aussi commença sa carrière d’agent commercial dans un grand magasin new-yorkais, Macy’s, où il recevait la commande de cadeaux des enfants.

Dès 1930, son apparence fut popularisée et figée par la publicité de Coca-Cola destinée à conquérir de jeunes consommateurs.

En France, ce Père Noël américanisé deviendra populaire dans les années 1950. Ceci alertera une partie de l’Église catholique au point que, à Dijon, sur le parvis de la cathédrale, son effigie sera brûlée le 24 décembre 1951.

Les faits, largement relayés par la presse, provoquèrent un vif débat et le personnage réapparut sur le toit de l’Hôtel de Ville.

Claude Lévi-Strauss fit une analyse du débat dans la revue « Les Temps Modernes » en 1952.

Durant les Trente Glorieuses, le phénomène des cadeaux suscitera une véritable frénésie de consommation qui ne fera que croître depuis lors. Des guichets spéciaux sont consacrés aux achats de Noël dans les banques ; les journaux se mettent à publier des « idées cadeaux », à commencer par le Parisien libéré en 1953.

Dieu remplacé par la magie de Noël

Si la production de masse favorise grandement ce phénomène, elle ne suffit pas à le comprendre complètement.

La population effectue des dépenses très importantes et les plus modestes fournissent les plus gros efforts.

L’ethnologue Marcel Mauss analyse cette « vaste opération d’échange » en la comparant au « potlach », le système de dons et contre-dons pratiqué dans les sociétés amérindiennes avec son aspect magique. On réintègre ainsi dans nos sociétés modernes des procédés des cultures primitives.

Songeons par exemple au caractère très éphémère de l’emballage ou aux cartes de Noël dont l’usage est comparé par l’ethnologue à celui pratiqué dans les îles Andaman où l’on jette des objets précieux à la mer dans le but d’obtenir un sentiment amical.

De plus, les cadeaux présentent le paradoxe d’être produits par le marché international et d’être échangés dans un cercle familial très restreint ; des cadeaux qui sont parfois aussi éphémères que les emballages qui les recouvrent, comme le montrent les sites de revente en ligne actifs dès le 24 au soir !

Il est intéressant de noter, comme le fait Georges Bataille, que c’est par cette « dépense improductive » que nos contemporains cherchent à retrouver une « intimité perdue ».

C’est ainsi l’intimité familiale qui devient, le temps d’une veillée, un « objet sacré ». Sans sous-estimer l’intérêt de cette institution où se vivent des liens de soutien et de générosité, on peut constater que le sacré devient ici la famille terrestre horizontale, excluant toute transcendance et sans aucune place pour le Dieu père, Dieu créateur, Dieu sauveur.

Données extraites du site chretiensunispourlaterre