Le terreau qui fait germer la foi chez le père Yannick Beuvelet

Le père Yannick Beuvelet est aujourd’hui le curé des paroisses de St Georges, St Joseph et St Nicolas de Haguenau. Originaire de Zinswiller, il est d’ailleurs né à Haguenau le 25 octobre 1970. Sainte Hildgarde von Bingen, dont il est un véritable spécialiste, l’inspire pour son quotidien, notamment par sa spiritualité qui invite à se laisser habiter par la joie au quotidien, et à donner un visage toujours positif de l’Église.

Le père Beuvelet dans le jardin de Ste Hildegarde

Père Yannick, vous êtes prêtres depuis 1997. Comment vous est venue cette vocation ?

Pour découvrir la foi, il faut un terreau porteur. Je ne viens pas d’une famille catholique avec des parents pratiquants. Ma mère croit en Dieu, mon père ne croyait pas. Les curés successifs de mon village et la communauté paroissiale formaient ce terreau où ma foi a pris racine. Les prêtres que j’ai connu dans mon enfance et ma jeunesse avaient une foi profonde. Ils ne disaient jamais de mal de l’autre. Cela marque, cela façonne.

Avec le curé Joseph Stenger, curé de Zinswiller à l’époque et aussi aumônier de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) et de l’ACE (Action Catholique des Enfants), je peux dire que j’étais pétri de l’action catholique et je suis un véritable produit des mouvements.  Le Père Joseph avait le contact facile, il arrivait à l’époque à faire le tour de toutes les familles du village. Ma génération appréciait cela chez lui. Il avait une guitare, la musique aussi créée des liens. C’est à son époque que je deviens responsable des professions de foi. Plusieurs fois, j’entends son témoignage de vie, et un jour je me dis : « Tiens, prêtre ! Et pourquoi pas moi ? »

Le prêtre qui lui succède ensuite est le curé Bernard Ott. Les deux étaient nourris de cet amour de Dieu, pour lequel il n’y a jamais de cas désespéré. Comme nous le rappelle le pape François, nous sommes là pour accueillir. Qui suis-je pour juger les autres ? Ces prêtres vivent cela pleinement. A nous de faire un bout de chemin avec les personnes qui viennent, que nous rencontrons. Les couples qui viennent pour organiser leur mariage ne sont pas forcément des piliers d’Église. Mais préparer leur célébration par exemple peut être une porte d’entrée pour la rencontre. C’est une opportunité pour faire du chemin ensemble.

Du terreau paroissial, vous faites souvent le pont avec le jardin de Sainte Hildegarde. D’où vous vient cet intérêt, cette passion, pour cette sainte du 12ème siècle ?

Le jardin qui est en train de se mettre en place à côté du presbytère est également une manière d’ouvrir les horizons de l’Église. Il est une porte d’entrée aussi pour de nombreuses personnes qui ne sont pas des habituées de nos paroisses. Le 12ème siècle peut vraiment nourrir notre manière de vivre notre foi. Ce n’était pas un siècle de pleurnicherie,

Ste Hildegarde est une source de joie pour les contemporains. Le prendre soin (de soi, de l’autre et de la terre) est une thématique qui intéresse ceux qui se préoccupent de l’avenir de la création. Ste Hildegarde, tout comme le père cistercien, Bernard de Clairvaux me nourrissent par leur « positive-attitude ».

Ste Hildegarde nous invite à montrer un visage positif de l’Église. Quand elle vivait des choses difficiles, elle cherchait à rebondir pour en faire du positif. Bernard de Clairvaux aussi est dans cet optimisme constant. Comme eux, quand je vis quelque chose de difficile, je me demande toujours, comment je peux en faire quelque chose de bien.

(Yannick Beuvelet est titulaire d’un master en Histoire médiévale, il travaille sur le XII° siècle depuis 1995. Il alimente un blog sur ce sujet : hildegardescivia.canablog.com)

Revenons-en à la ville de Haguenau. Elle se compose de 2 communautés de paroisses. Quel sera la structure qui permettra d’aller vers ses 35000 habitants ?

Actuellement, avec le diocèse, une réflexion est en cours pour trouver la meilleure manière d’organiser la pastorale dans cette ville. Il nous faut trouver avec les paroissiens le fonctionnement le plus efficace pour ne pas nous épuiser, ni les agents pastoraux, ni les bénévoles qui sont moins nombreux aujourd’hui. Nous avancerons avec des pôles missionnaires sur l’ensemble de la ville. J’imagine un pôle de la diaconie, de la charité, un pôle enfant, jeunes et familles, et un pôle formation et liturgie. Il faudrait créer des commissions où se retrouveraient des personnes de chacune des paroisses. Il faudrait aussi travailler la proximité… Des commissions pour la réflexion générale, des équipes de quartier pour la proximité, c’est ainsi que j’aimerai qu’on construise pour avancer. Il est vrai que pour le moment, le Covid ralentit cette structuration.

Quelques mots encore sur la vie d’avant…

De 1995 à 2001, j’étais déjà vicaire à Haguenau. De 2001 à 2007, j’étais curé de Rhinau et des environs. C’était la première communauté de paroisses (suite au réaménagement) dont j’ai organisé la reconnaissance en tant que curé. De 2007 à 2017, j’étais curé d’Obernai. Là aussi, se fera la reconnaissance de paroisses. Durant cette période, je suis aussi doyen de zone pastorale Molsheim-Bruche. J’y ai fait la reconnaissance de toutes les communautés de paroisses et j’y ai installé tous les curés. Le temps était venu de passer à une autre mission.

Le jardin de Ste Hildegarde à Haguenau prend forme…