Science et quête de sens

Couverture d’ouvrage : Science et quête de sens
Éditions :Broché (Français): 9,20 € EUR
ISBN : 9791033608387
Pages : 436

Cet ouvrage est un événement. Une occasion unique de découvrir, de façon à la fois accessible et rigoureuse l'évolution de certaines connaissances scientifiques qui vont bouleverser notre vision du monde.

Notre époque est confrontée à un « désenchantement » du monde. Les coups de boutoir de la science ont ainsi ébranlé le sens et la place de l'Homme dans le cosmos. Mais ce mouvement a connu au xxe siècle de profondes mutations, provoquant une réouverture des « chemins du sens», selon l'expression de Bernard d'Espagnat.

Pour la première fois, le public français a accès aux conséquences de ces découvertes grâce à des scientifiques du plus haut niveau - quatre prix Nobel ainsi que des membres d'institutions prestigieuses -, représentant autant de domaines et de cultures différents.

Si les auteurs expriment des positions diverses, tous s'opposent à la conception de Jacques Monod qui stipule que « l'Univers n'était pas gros de la vie, ni la biosphère de l'homme ». Car comme l'expose Christian de Duve, c'est bien la science et non la philosophie qui nous habilite « à nous voir comme l'une des parties d'un modèle cosmique qui ne fait que commencer à se révéler ».

Parution :
Maison d’édition : Artege Presse
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Extrait :

De la science à la philosophie

BERNARD D’ESPAGNAT

Physicien théoricien. Professeur honoraire à l’université Paris XI où il dirigea le laboratoire de physique théorique. Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, il fut l’élève de Louis Leprince-Ringuet et étudia auprès de N. Bohr, E. Fermi et L. de Broglie. Premier physicien théoricien à être nommé au CERN, il est considéré comme l’un des plus grands spécialistes de la non-loca-lité et des implications philosophiques de la physique fondamentale. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur ces thèmes dont le Traité de physique et de philosophie.

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Une réouverture des chemins du sens ?

INTRODUCTION

NOUS savons tous que le mot « comprendre » a deux sens. Quand on dit que l’on a compris la démonstration d’un théorème le terme n’a pas la même signification que lorsqu’on dit qu’il faut comprendre son prochain. Dans le premier cas seul intervient un processus intellectuel, dans le second l’approche est principalement affective. Cette polysé-mie se retrouve, comme il va de soi, dans le mot « sens », même si, généralement, le contexte dans lequel celui-ci est employé suffit à orienter vers une acception ou vers l’autre. Ainsi, de nos jours, lors-qu’on évoque, en termes généraux, la « question du sens », le sens dont il s’agit paraît, à première vue n’avoir guère de rapport avec la compréhension d’un théorème. Autrement dit, il semble assez clair que quand on cherche le « sens de l’existence » c’est plutôt du côté de la seconde acception qu’il faut se tourner.

Et effectivement, si l’on regarde de ce côté, on constate vite qu’une sorte de force instinctive a toujours poussé les hommes à extrapoler la « compréhension de notre prochain » à la totalité de l’existant. Je veux dire que les êtres humains ont toujours cherché à comprendre le Grand Tout l’Être – plus ou moins de cette manière. De l’éveil du Bouddha à l’immense résonance philosophique du mot biblique « Je suis Celui qui suis », on retrouve la trame de cette intuition, qui a consisté à partir du sentiment inné du sens que nous procure la vie courante – le souci des parents pour leurs enfants a un sens immédiat et indiscutable – et à l’extrapoler du « prochain » – c’est-à-dire, en quelque sorte, du relatif, du « biologique » – à l’absolu.

Ce qu’il faut voir c’est que, à cet égard, les choses sont devenues moins immédiates. Jadis, cette transposition paraissait quasiment normale car l’homme était comme immergé dans un englobant qui le dominait de sa majesté. Les bois, la nuit obscure, les nuées, l’océan, étaient des éléments de son expérience vécue. Ils lui inspiraient un sens de l’illimité, du mystère, qui l’amenait très naturellement à une « compréhension » du monde dans la seconde acception du mot « comprendre » celle, affective, qui est d’emblée porteuse de sens. Mais aujourd’hui la situation est autre. L’homme d’à présent, en majorité citadin, n’a plus guère affaire qu’à des objets artificiels. À des outils et mécanismes dont le paradigme est l’horloge – construits par lui, analysables par le moyen de concepts finalement simples, et que, par conséquent, il a le sentiment de bien comprendre. Mais de comprendre au premier sens – intellectuellement descriptif – du mot. Certes, tout comme son ancêtre, il est instinctivement porté à extrapoler son expérience vécue, relative, quotidienne – à l’Univers dans son entier. Mais l’expérience en question, celle des mécanismes, l’incite, étant donné ce que l’on vient de voir, à adopter une conception totalement mécaniste de ce qui est, évacuant comme aberrante toute notion du « fondamentalement non banal »… et bloquant par là toute possibilité de comprendre l’Être au second sens du mot comprendre, celui le plus susceptible de porter le sens.

Durant quelques siècles, il est vrai, cet effet de blocage fut enrayé, en quelque sorte, par le dualisme. Descartes, le fondateur du mécanicisme moderne, était fondamentalement dualiste. Il n’attribuait son mécanicisme qu’à la matière, non à l’esprit, lequel pouvait donc encore apparaître comme la citadelle du sens. Mais ensuite les scientifiques se sont intéressés de très près aux corps vivants, puis aux systèmes neuronaux etc. et ils ont tout naturellement appliqué – au reste avec de grands succès – leur grille de lecture mécaniciste à ces nouveaux objets d’étude.

REGROUPER

Sous la direction de Jean Staune, maître de conférences à HEC, secrétaire général de l'Université Interdisciplinaire de Paris.