Raoul et Madeleine Follereau

L'itinéraire spirituel d'un couple

Couverture d’ouvrage : Raoul et Madeleine Follereau

Raoul et Madeleine Follereau sont tout autant un couple aimant des autres qu'amoureux l'un de l'autre. C'est la force de cet amour sous le regard de Dieu qui les a conduits depuis leur rencontre en 1918, alors qu'ils avaient 15 ans à peine, à faire ensemble 32 fois le tour du monde pour devenir les « Vagabonds de la Charité ».

C'est encore l'unité de leur couple qui les aidera à surmonter l'épreuve de la stérilité et à secourir 15 millions d'enfants atteints par cette terrible maladie qu'est la lèpre.

Bernadette Chovelon s'est appuyée sur une riche documentation pour nous permettre de saisir non seulement le destin extraordinaire d'un couple d'une grande simplicité mais également la beauté et la richesse des textes de Raoul Follereau.

Une invitation à découvrir comment le rêve d'un couple accompagne encore aujourd'hui, grâce à la Fondation Follereau, des millions d'exclus dans le monde.

Parution :
Maison d’édition : Artege Presse
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Extrait :

« Je t’aime pour la vie »

Le 11 novembre 1918, après quatre ans d’une guerre sanglante, les volées de cloches et les sonneries de clairons annoncent, dans toutes les villes de France, la fin des hostilités. Les habitants descendent dans la rue, s’embrassent en pleurant et célèbrent enfin la cessation des tueries.

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Malgré la promesse de paix, les voiles noirs de nombreuses femmes, la vue des mutilés sur des béquilles ou dans des fauteuils roulants rappellent sans cesse les millions de jeunes hommes tués ou blessés dans des combats meurtriers. Depuis quelques temps, une vente de bleuets et de bouquets tricolores en tissu est organisée dans les villes de France pour venir en aide aux familles des victimes et aux « gueules cassées ». À Nevers, la mairie a, elle aussi, organisé cette vente. Les corbeilles de bleuets sont déjà prêtes. Le jeune Raoul Follereau s’est inscrit pour les vendre sur la voie publique.

Né le 17 août 1903, il a quatorze ans, un frère aîné de dix-huit ans et une petite sœur cadette de six ans. Il est d’autant plus motivé que son père qui dirigeait un petit établissement de construction métallique d’une dizaine d’ouvriers, avait été mobilisé dès le début des hostilités. Il avait été retrouvé mort l’année précédente.

Orphelin à treize ans, l’adolescent est encore profondément marqué par ce deuil si proche et par les changements qui en ont découlé pour lui. Une grande affection et surtout une grande admiration l’unissaient à son père, qu’il regrettera toute sa vie.

Pour faire vivre sa famille, Raoul doit travailler quelques heures par jour avec son frère aîné dans l’usine paternelle dont sa mère a dû prendre la direction. N’ayant plus les moyens de lui offrir des études secondaires classiques, elle l’a également inscrit dans un lycée professionnel où il ne se plaît pas. Il a horreur des travaux manuels. Son occupation essentielle et favorite consiste à écrire des poèmes, même pendant les cours où il s’ennuie tant.

En cette année 1918, il se présente un beau matin, à l’heure fixée, avec beaucoup d’autres jeunes gens à la mairie de Nevers afin de recevoir les instructions nécessaires pour la quête de ce jour. Il vient chercher la corbeille de bouquets qu’il devra présenter aux passants. Une jeune adolescente est venue aussi pour accomplir la même mission. Elle s’appelle Madeleine Boudou.

« Tiens, Raoul, voilà ta partenaire. Vous avez à peu près le même âge. Vous allez certainement bien vous entendre. Soyez persuasifs tous les deux en vendant vos petits bouquets. N’oubliez pas qu’ils sont et resteront plus tard un symbole précieux pour nous, Français. Vous savez pourquoi ? Bleuets, marguerites et coquelicots poussaient dans la boue des tranchées. Ils étaient les seuls signes de vie pour ces malheureux soldats qui côtoyaient la mort à tout instant. Ils leur rappelaient les champs de leurs villages au printemps.

« En quêtant, dites-vous bien que l’argent que vous allez récolter sera intégralement versé aux mutilés et aux familles des victimes de la guerre, et Dieu sait combien presque toutes les familles de France ont été touchées. Tu ne connais ça que trop bien, Raoul. »

Madeleine et Raoul font connaissance et se sourient.

Toute la journée, malgré le froid mordant, les deux adolescents motivés et volontaires sillonnent les rues de Nevers, leur corbeille remplie de bouquets tricolores pendant à leur cou. Les passants, touchés de voir ces deux enfants si aimables, souriants et enthousiastes, ouvrent facilement leur porte-monnaie.

La petite vendeuse de fleurs qu’on lui a assignée, a quinze ans. Lui, Raoul a un an de moins. Tout en quêtant ils se parlent. Ils sont heureux de constater qu’ils partagent un idéal commun : mettre leurs vies au service des autres, aider ceux qui sont dans la peine, soulager les personnes en difficulté.

Madeleine est toute mignonne, brune et souriante. Raoul est très vite attiré par elle. Déjà il n’a plus envie de la quitter. Elle sera son premier amour, son amour fou d’adolescent, son unique amour. Il sent qu’avec elle il pourra faire les grandes choses dont il porte en lui le projet depuis longtemps. Sans rien dire, elle partage les mêmes sentiments. Ils parlent de leur foi. Un profond désir de vivre l’Évangile au quotidien les unit. Et il y a tant de gens qui ont besoin d’aide !

Sans attendre davantage, quelques semaines plus tard Raoul déclare son amour à Madeleine. Il lui dit : « Il ne dépend que de nous d’être heureux pour la vie. Je sais que je t’aime et je suis sûr de t’aimer toute mon existence. Plus tard, quand j’aurai fini mes études, nous nous marierons, nous aurons des enfants, nous ne nous quitterons plus, nous passerons notre vie ensemble et, à deux nous pourrons concevoir de beaux projets : nous aiderons tous ceux qui en auront besoin. Je sais que comme moi tu penses que le bonheur est la seule chose qu’on soit certain d’avoir lorsqu’on l’a donnée ! »

Et Madeleine répond : « Mettre ma vie au service des autres, c’est aussi mon projet depuis longtemps. Je ne savais pas encore comment je le réaliserai plus tard, mais avec toi je sais désormais que les idées ne manqueront pas.

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Bernadette Chovelon, enseignante, titulaire d'une licence de philosophie et d'un doctorat de lettres, a écrit avec Bernard Chovelon, son mari, L'aventure du mariage chrétien, ouvrant ainsi au grand public les lignes de la spiritualité conjugale, tracées par le père Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.
Nb. de pages : 260
EAN : 9791033608356
Prix : 16 €