Monique, mère de saint Augustin

Couverture d’ouvrage : Monique, mère de saint Augustin

Née dans une famille de la classe moyenne de Thagaste, modeste bourgade de Numidie, en 331, Monique aurait dû, à l'instar de ses contemporaines, sombrer dans l'oubli absolu de l'anonymat. Il n'en sera rien, parce que son troisième enfant, Augustin, emplira l'histoire de sa présence et de son génie.

Après une jeunesse dissipée et l'abandon du catholicisme maternel, il revient à la foi et demande le baptême en 387. Il attribuera toujours sa conversion aux prières, aux sacrifices et aux larmes de sa mère.

Si, à lire Les Confessions, Monique n'apparaît pas toujours exemplaire, il n'en reste pas moins qu'avoir donné à l'Église l'une de ses plus grandes figures l'a haussée à son tour à la sainteté.

D'une plume élégante et cultivée, Anne Bernet retrace le destin d'une mère ardente et femme intrépide des premiers siècles de l'Église.

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Maison d’édition : Artege Presse
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Peut-être pour honorer une lointaine aïeule qui portait ce prénom, ses parents1 l’avaient appelée Monnica, diminutif de Monna2, ou Monique. Choix curieux de la part de catholiques fervents : Monna, en effet, était une divinité locale, jadis très honorée par les populations puniques entre Thagaste3 et Hippo Regius4 de NumidieLIRE LA SUITE

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« Tous les dieux des nations sont des démons », affirme l’Écriture. Issus de familles christianisées depuis plusieurs générations, les parents de Monique le savaient, mais, par tradition, ou parce que quelque martyre avait porté ce nom et l’avait sanctifié6, ils n’avaient pas hésité à le donner à l’une de leurs filles7.

Ce n’était qu’une singularité parmi d’autres dans une région qui les cultivait pour mieux se démarquer d’usages romains dans lesquels, depuis la destruction de Carthage, cinq siècles plus tôt, les Africains8 répugnaient à se fondre. Les parents de Monique étaient, comme leurs compatriotes, tissés de contradictions dues à leurs sangs mêlés qu’ils tentaient de concilier avec plus ou moins de succès.

Sur les Berbères autochtones s’étaient greffés, au fil du temps, colons phéniciens fondateurs de Carthage, puis conquérants romains. Un vaste brassage de populations en était résulté, auquel la latinité avait fini par donner, comme elle le faisait partout, des apparences de cohésion. Les Africains s’étaient romanisés, sans perdre leurs particularismes, ni une tendance ancestrale à s’opposer au pouvoir. L’histoire locale avait accumulé, de ce fait, nombre de révoltes et insurrections, puis de querelles doctrinales et de schismes quand, à partir de la fin du IIe siècle9, le christianisme s’était implanté dans la région, et n’avait pas tardé, pour ne pas s’aligner sur les usages de l’Église romaine, à défendre bec et ongles ses coutumes locales10.

Les Africains avaient la réputation d’avoir le sang chaud. On s’exaltait vite chez eux. Les parents de Monique échappaient-ils à ce défaut local ? Oui et non.

Romanisés, fiers de l’être, comptant vraisemblablement quelques aïeux, commerçants, légionnaires, fonctionnaires venus d’Italie, se targuant de parler, avec un accent prononcé, l’un des meilleurs latins de l’Empire, ils conservaient, en famille, l’usage du punique11, leur langue maternelle, et un attachement farouche à leurs origines. Cela ne les avait pas empêchés de rester catholiques lorsque la majorité des chrétientés africaines s’était avisée, vingt ans plus tôt, de rompre avec Rome.

Tout avait commencé lorsque, en 305, l’accession de Constance Chlore à la pourpre avait mis un terme, dans la partie occidentale12 de l’Empire, à la persécution qui, depuis une décennie, s’était donné pour objectif d’éradiquer les tenants du christianisme. Constance désapprouvait, en matière de culte, toute coercition, d’autant plus que – comme on avait eu loisir de le constater depuis les premières mesures prises à l’encontre des chrétiens, deux cents et quelques années plus tôt, sous le règne de Néron – ces violences ne servaient à rien. Au contraire. Pour d’incompréhensibles raisons, du sang d’abondance répandu des fidèles du Christ naissaient à Celui-ci de nouveaux adeptes, toujours plus nombreux, qu’aucun supplice, fûtil atroce et c’était souvent le cas, ne décourageait de réclamer le baptême.

Las de ces violences vaines, Constance y avait d’autant plus volontiers mis un terme dès qu’il en avait eu le pouvoir qu’il éprouvait de l’estime pour le courage de ces gens et avait jadis, jeune officier auquel le mariage était interdit, longtemps gardé pour concubine une certaine Hélène13, dont il avait eu plusieurs enfants et dont nul n’ignorait l’appartenance à la secte interdite.

Après des années de souffrance et d’angoisse, les chrétientés d’Afrique, enfin, n’avaient plus eu besoin de se cacher. C’était alors que tout s’était gâté…

Dans l’épreuve de la persécution, face au bourreau, aux tortures, à la mort, tous les baptisés n’avaient pas été héroïques. Certains, terrifiés, avaient apostasié aux premières menaces. D’autres, emprisonnés, flagellés, affamés, suppliciés, n’avaient pu en supporter davantage et avaient renié le Christ. Ce drame se renouvelait à chaque vague de violences antichrétiennes, dans des proportions parfois énormes14, de sorte que l’Église, refusant de vouer tant des siens à l’enfer, avait prévu pour ces lapsi15 une procédure de pénitence qui permettait leur réintégration en son sein.

En 251, lors de la persécution de Dèce, l’archevêque de Carthage, Cyprien, avait plaidé pour que le pardon fût offert aux faibles, et, bien que le prélat fût lui-même mort martyr, il s’en trouvait encore, dans ces communautés exaltées, pour lui reprocher une mansuétude exagérée. Ceux qui avaient tenu bon, étaient « restés debout », s’en attribuaient tout le mérite et, oubliant qu’ils ne devaient qu’à la grâce de ne s’être point écroulés, eux aussi, se donnaient orgueilleusement le nom de « Purs » et repoussaient les autres vers les ténèbres extérieures. Une « Église des Purs », dont l’humilité et la charité n’étaient pas les vertus dominantes, s’était constituée autour d’un candidat malheureux au trône de Pierre, Novatianus, et la querelle avait tourné au schisme.

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Auteur d'une quarantaine d'ouvrages historiques traduits en une douzaine de langues, Anne Bernet est spécialiste de l'histoire de la primitive Église et des Pères latins.

Nb. de pages : 176
EAN : 9791033608363
Prix : 14 €