La Longue Marche des catholiques de Chine

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La Chine compte aujourd'hui dix millions de catholiques. Cette minorité a une histoire plus que millénaire dans le pays.

Le christianisme est arrivé dans l'empire chinois par des vagues successives de missionnaires dès le VIIe siècle ; « nestoriens » d'abord, puis franciscains, jésuites, lazaristes, prêtres MEP..., et ce, jusqu'au XIXe siècle.

Ce christianisme n'est pas pour autant un produit d'importation : le premier évêque chinois est sacré dès 1685 et on compte plus d'un millier de prêtres chinois au début du XXe siècle.

La longue histoire du catholicisme de Chine est aussi celle de persécutions récurrentes et l'héritage de nombreux martyrs de la foi.

En 1949, l'instauration d'un régime communiste a ainsi chassé tous les missionnaires occidentaux et la tentative de création d'une Église nationale séparée de Rome s'ensuivit.

Yves Chiron raconte cette histoire tourmentée et héroïque, jusqu'au très controversé « Accord provisoire » conclu entre le Saint-Siège et la Chine communiste en septembre 2018.

Il a rencontré, lors d'un de ses séjours en Chine, le cardinal Zen et l'Église clandestine pour mieux comprendre le passé et nous raconter l'actualité brûlante de l'Église catholique.

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Maison d’édition : Artege Presse
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Extrait :

Si l’on en croit les autorités communistes, la République populaire de Chine compterait environ 100 millions de croyants de diverses religions. Ce qui représenterait un peu plus de 7 % de la population totale. Les observateurs et les analystes s’accordent à dire que le régime minimise ce nombre pour montrer que le phénomène religieux serait désormais marginal dans une Chine socialiste qui tourne son énergie et ses aspirations vers d’autres horizons.

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Les sociologues et les démographes, en comparant les diverses sources disponibles et par des enquêtes de terrain, font des évaluations nettement supérieures1. 185 millions de Chinois se considèrent comme des croyants bouddhistes, auxquels s’ajoutent un peu plus de 17 millions de personnes qui occasionnellement s’adonnent à un rituel bouddhiste. 12 millions d’adultes se considèrent taoïstes, mais 173 millions de personnes s’adonnent à des pratiques taoïstes. Selon le recensement officiel de 2010, il y aurait quelque 23 millions de musulmans en Chine, mais les spécialistes évaluent leur nombre autour de 30 à 40 millions, présents surtout dans les régions autonomes du Ningxia (80 % de la population) et du Xinjiang, et aussi, dans des proportions moindres, dans certaines provinces du sud-ouest, le Sichuan et le Yunnan. Selon les instances protestantes « officielles » (c’est-à-dire sous le contrôle des autorités civiles) il y aurait 20 millions de protestants en Chine ; en fait en tenant compte des nombreuses communautés non enregistrées, notamment le phénomène des house churches (célébration du culte chez des particuliers), il y aurait plus de 58 millions de protestants. Enfin, selon le Bureau national des Affaires religieuses, il y aurait 5,7 millions de catholiques, tandis que le Holy Spirit Study Centre de Hong Kong, institution qui suit de très près toute la vie de l’Église catholique en Chine, estime qu’il y a environ 10 millions de catholiques en Chine.

C’est leur histoire que nous allons retracer ici, depuis l’arrivée du christianisme aux premiers siècles jusqu’à nos jours.

On pourrait considérer cette histoire comme le résultat de vagues missionnaires successives : les « nestoriens » pendant la dynastie T’ang (618-907) ; les franciscains et dominicains sous la dynastie mongole des Yuan (1280-1367) ; puis les jésuites, et à nouveau les dominicains, les franciscains et les augustins à partir de la fin du xvie siècle ; puis encore après les prêtres des Missions étrangères de Paris et les lazaristes au xviiesiècle. Non sans des périodes, brèves ou beaucoup plus longues, de persécutions. Suivra la reprise du grand élan missionnaire, dans la deuxième moitié du xixe siècle, rendue possible par les « traités inégaux » imposés à la Chine par les grandes puissances occidentales.

Cette histoire d’héroïques missionnaires, et sa cohorte impressionnante de martyrs occidentaux et chinois, prend une autre tournure lorsque la victoire de la Révolution communiste chasse les missionnaires occidentaux, prétend séparer les catholiques chinois de Rome et ouvre des décennies où le choix n’est plus qu’entre la persécution ou la soumission.

Cette fresque dramatique ne rend pas en effet suffisamment compte du versant chinois de cette histoire. Jacques Gernet, dans un ouvrage devenu classique, l’a présentée comme celle d’une « confrontation ». Il a voulu écrire non plus une histoire du christianisme en Chine « mais les réactions chinoises à cette religion2 ». Le jésuite Nicolas Standaert, un des plus fins connaisseurs de l’histoire du christianisme en Chine, s’est intéressé lui aussi d’abord à la réception du message chrétien par les Chinois à travers les siècles.

À vrai dire, il n’y a pas une Église chinoise ou une Église de Chine. L’histoire à écrire est celle de l’Église en Chine. Mission-naires venus d’Occident à différents siècles et chrétiens chinois des différents siècles appartiennent à la même Église. Le christianisme n’est pas foncièrement étranger à la Chine, comme l’ont cru nombre d’empereurs de Chine et comme le dit le régime communiste chinois depuis 1949.

Jean de Montecorvino, qui fut le premier archevêque de Pékin à la charnière des xiiie et xive siècles, faisait chanter le grégorien à ceux qu’on pourrait appeler ses petits séminaristes et a traduit les psaumes en mongol pour leur faire chanter l’office. Au xviiie

siècle, André Ly, prêtre chinois, qui fut le grand apôtre du Sichuan, rédigeait son journal (plusieurs centaines de pages) en latin, langue qu’il avait apprise auprès de ses maîtres des Missions étrangères de Paris.

Rome sut être attentive, à différentes époques, à la spécificité et à la grandeur de la civilisation chinoise. On a souvent présenté la « Querelle des Rites », rites chinois finalement interdits par Rome pendant deux siècles, comme un obstacle majeur à l’évangélisation de la Chine. C’est oublier les incitations constantes à créer un clergé chinois (instructions de 1659 et de 1845). C’est oublier les concessions, peu connues, d’une messe en chinois, dès 1615 par Paul V, renouvelée en 1949 par Pie XII. Ce sont les circonstances historiques qui empêchèrent que ces concessions soient appliquées. Le premier évêque chinois fut consacré en 1685, le premier cardinal chinois fut créé en 1946.

REGROUPER
Yves Chiron, né en 1960, directeur du Dictionnaire de biographie française est historien spécialisé dans l'histoire de l'Église catholique, il a publié de nombreux ouvrages consacrés aux papes contemporains, traduits en plusieurs langues.
Nb. de pages : 336
EAN : 9791033608202
Prix : 17,90 €