Jacques Chirac, un homme politique attentif à la souffrance humaine

Le président Chirac accueillant le Pape Jean-Paul II à Tours en 1996.

L’ancien président de la République française, Jacques Chirac, s’est éteint ce jeudi 26 septembre 2019 à l’âge de 86 ans.

Très affaibli depuis plusieurs années, il avait développé une grande attention à la fragilité humaine.

Ce lundi 30 septembre 2019 est jour de deuil national en France, après la mort de l’ancien président de la République Jacques Chirac.

Après une première cérémonie dans l’intimité familiale à la cathédrale Saint-Louis des Invalides, puis les honneurs militaires, une messe se tient à partir de midi en l’église Saint-Sulpice, en présence de nombreuses personnalités nationales et internationales.

Il sera ensuite enterré au cimetière du Montparnasse.

L’annonce avait été faite ce jeudi 26 septembre en fin de matinée : Jacques Chirac s’est donc éteint, au terme d’une vie marquée par 40 ans d’une vie politique contrastée, puis par un retrait progressif de la vie publique et par un lent déclin physique, qui lui avait finalement valu une certaine compassion dans une large part de la population française, bien au-delà de sa famille politique.

Né en 1932, Jacques Chirac fait ses premières armes en politique dans les années 1960 au sein du cabinet de Georges Pompidou, alors Premier ministre du général de Gaulle.

Il entre au gouvernement dès 1967 en tant que secrétaire d’État à l’Emploi, un poste dans lequel il vivra les soubresauts de Mai 68 et sera l’un des personnages clés des accords de Grenelle, ouvrant la voie à une forte augmentation du salaire minimum.

Il devient ensuite secrétaire d’État à l’Économie et aux Finances, puis ministre délégué pour les Relations avec le Parlement sous la présidence de Georges Pompidou, avant de devenir ministre de l’Agriculture en 1972, et enfin, brièvement, ministre de l’Intérieur en 1974.

Montée en puissance et déclin d’un jeune loup gaulliste

Très affecté par le décès en cours de mandat du président Pompidou, il poursuit néanmoins sa montée en puissance en devenant en 1974 le Premier ministre du président Valéry Giscard d’Estaing, avec qui il entretiendra une longue rivalité.

Il démissionne avec fracas en 1976, mais se replace sur la scène politique nationale dès l’année suivante en devenant maire de Paris, poste qu’il conservera jusqu’en 1995.

En lançant le RPR (Rassemblement pour la République), Jacques Chirac relance le gaullisme comme force structurante pour la droite parlementaire, marginalisant progressivement les libéraux et les centristes.

Après la victoire de la droite aux élections législatives de 1986, le président socialiste François Mitterrand appelle Jacques Chirac au poste de Premier ministre.

Les deux têtes de l’exécutif s’affrontent lors de l’élection présidentielle de 1988, et l’échec de Jacques Chirac ouvre alors une période de prise de distance par rapport à la vie politique nationale.

Il se replie alors sur ses deux fiefs, à la sociologie électorale complémentaire : Paris, ville dont il reste le maire, et la Corrèze, département rural dont il est réélu député sans discontinuer de 1967 à 1993.

1995-2002: du retour de la croissance à la crise identitaire

En 1995, à la surprise générale, Jacques Chirac parvient à se faire élire à la présidence en battant le candidat socialiste Lionel Jospin, et en marginalisant l’autre candidat de la droite, le Premier ministre sortant Édouard Balladur.

Le premier mandat de Jacques Chirac sera contrasté : après un début de mandat difficile, marqué par le conflit social de l’hiver 1995, par une série d’attentats à Paris ou encore par les très controversés essais nucléaires en Polynésie française, il dissout l’Assemblée nationale en 1997.

Cette décision censée remobiliser son camp provoque finalement le retour au pouvoir de l’opposition de gauche, pour une longue cohabitation qui durera cette fois cinq ans, jusqu’en 2002.

L’exécutif devient donc bicéphale, Jacques Chirac et son Premier ministre socialiste Lionel Jospin participant ensemble aux sommets européens, notamment lors de la présidence française de l’Union européenne en l’an 2000.

Mais la France connaît alors une période relativement calme et consensuelle sur le plan politique et social, la victoire de l’équipe de France de football lors de la Coupe du monde 1998 symbolisant une certaine unité nationale.

Cette période est aussi marquée par de bons résultats économiques : après la récession du début des années 1990, la croissance retrouve une dynamique positive entre 1998 et 2000 et permet une réduction sensible du chômage.

En 2001 et 2002, dans un contexte international plus difficile marqué notamment par les attentats du 11 septembre 2001 et l’émergence d’une crise identitaire et sécuritaire de plus en plus prégnante dans les quartiers difficiles, la situation de la France se dégrade rapidement, sur le plan social et économique.

Le gouvernement de gauche perd de nombreux appuis, notamment dans les milieux populaires qui se réfugient dans l’abstention ou le vote contestataire.

Le 21 avril 2002, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle, qui ouvre la voie à un second tour inédit opposant la droite à l’extrême-droite. Jacques Chirac, avec le soutien plus ou moins explicite de la gauche est réélu très largement, obtenant plus de 82% face à Jean-Marie Le Pen, candidat du Front National.

2002-2007: derniers coups d’éclat et marginalisation progressive

Le deuxième mandat de Jacques Chirac, bien qu’il dispose d’une majorité confortable au Parlement, semblera marqué par un effacement progressif, son ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy s’affichant progressivement comme le véritable leader de la droite.

Le dernier coup d’éclat de Jacques Chirac sera son opposition à la guerre en Irak, en 2003, ce qui lui vaudra une grande popularité dans le monde arabe, mais aussi en Russie où Vladimir Poutine appréciera son choix de ne pas s’aligner sur les États-Unis.

Ce deuxième mandat sera aussi marqué par le début d’une prise de conscience sur les enjeux écologiques.

Sa célèbre formule «notre maison brûle, et nous regardons ailleurs», prononcée lors du Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002, résonne aujourd’hui avec un écho particulier dans le contexte de la crise climatique actuelle.

Mais ces déclarations fortes n’auront alors que peu d’effets politiques concrets.

L’année 2005 marque un tournant. Le 29 mai, la victoire du “Non” au référendum sur le Traité constitutionnel européen affaiblit considérablement Jacques Chirac sur la scène politique nationale comme internationale.

En septembre de la même année, il est hospitalisé pour un accident vasculaire cérébral qui ne l’empêchera pas de finir normalement son mandat présidentiel, mais qui l’affaiblira considérablement sur le long terme.

En octobre et novembre 2005, la situation presque insurrectionnelle dans certaines banlieues françaises semble échapper au contrôle de l’exécutif et révèle la fracture sociale de la France, un thème qu’il avait porté lors de la campagne présidentielle de 1995, mais qu’il n’aura pas réussi à résorber.

L’après-présidence, un temps de souffrance

C’est donc un président affaibli qui se retire en 2007, laissant les clés de la présidence à son ancien ministre Nicolas Sarkozy, avec qui les relations demeureront distantes par la suite.

Les apparitions médiatiques de l’ancien président deviennent de plus en plus rares, les troubles de la mémoire et de la motricité qui affectent Jacques Chirac devenant de plus en plus palpables.

En 2012, c’est avec son soutien tacite et celui d’une partie de son entourage que le candidat socialiste François Hollande accède à la présidence de la République.

Il apparaîtra à ses côtés en quelques rares occasions, notamment lors de la remise du prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits.

En 2016, la mort de Laurence Chirac, sa fille, marque la fin de son long combat contre l’anorexie, cause dans laquelle sa femme Bernadette s’était engagée avec force.

À l’automne 2016, Jacques Chirac est rapatrié en urgence d’un séjour au Maroc, et des rumeurs apparaissent même alors sur son décès.

Il aura finalement encore survécu trois ans, mais il n’était plus réapparu en public depuis cet incident.

Un homme chargé d’empathie et de compassion

Malgré un bilan politique contrasté, une grande partie de la population française retient surtout de Jacques Chirac son sens relationnel, son empathie, sa proximité avec les plus fragiles, une sensibilité venue de son histoire personnelle et familiale.

Le père Nicolas Risso, vicaire général du diocèse de Tulle, en Corrèze (le « fief » de Jacques Chirac) l’avait connu personnellement.

Le père Nicolas Risso revient sur ses souvenirs de l’ancien président de la République, et sur ses relations avec l’Église catholique

(source : Cyprien Viet – Cité du Vatican)