Rencontre des cultes à la Grande Mosquée de Strasbourg

grallet3C’est bien volontiers que je viens à votre rencontre, aujourd’hui, vous croyants musulmans qui recevez la fraternelle visite de croyants d’autres religions, mais aussi de nombreuses autres personnes de bonne volonté, et de représentants de l’autorité publique. Je viens à vous, à la fois comme croyant chrétien et comme citoyen.

Comme croyant, je dois rappeler que ni la haine, ni la violence aveugle des attentats, ne résoudront aucun des problèmes de notre humanité. Seuls le respect sacré des personnes, l’affirmation de leur égalité et de leur dignité, l’estime mutuelle, l’éducation, le dialogue et le pardon, sont capables de bâtir la fraternité entre tous. Telle est, à mes yeux, l’unique volonté de Dieu. Rappelons-nous le cri du Pape François : « utiliser le nom de Dieu pour justifier la violence, est un blasphème ».

Comme citoyen, avec tous les français, je suis en deuil, de toutes ces victimes sans défense, assassinées aveuglément. Avec tous les citoyens de cette République, je suis attaché aux grands principes, indissociables, de liberté, d’égalité et de fraternité. Parce que l’autre est mon frère, il est mon égal et nous sommes responsables l’un de l’autre. Avec responsabilité, j’use de ma liberté pour partager avec lui, pour le respecter, le protéger et finalement l’aimer. À notre conscience, Dieu demandera toujours des comptes : « qu’as-tu fait de ton frère ? » Jamais tu ne le mépriseras. Jamais tu ne l’asserviras. Jamais tu ne le tueras… pour aucune raison ! Cet interdit fondamental du meurtre s’accompagne, dans notre société, quelle que soit notre culture et notre religion, du devoir d’aider et de respecter l’autre, de nous entendre et de nous pardonner, et de construire ensemble un monde plus juste et plus fraternel.

Je suis venu vers vous, comme un croyant et comme un citoyen. Je souhaite maintenant vous saluer comme un frère. Sans fraternité, rien ne peut se faire entre nous. Avec fraternité, tout est possible, à condition que nous soyons mutuellement respectueux et justes, généreux et persévérants, courageux et vrais. Ayons le courage de la fraternité !

Permettez-moi de terminer par cette prière inspirée de saint François d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union… Là où est le désespoir, que je mette l’espérance ! »

† Jean-Pierre GRALLET, Archevêque de Strasbourg

vendredi 20 novembre 2015