Bulles d’Art : Prenez l’air ! – 11 –

Bulles d’Art

La revue d’Art qui vous fait prendre l’air !

 

Parce que la beauté évade, élève l’âme et rend le quotidien plus serein, chaque semaine,

Coup de projecteur sur un tableau, un objet, un artiste, par des spécialistes de l’art

 

Bulles d’Art 11

Le chemin de croix du Mont Sainte Odile

par Charles Spindler (1865 – 1938)

 

Dans l’église du Mont Sainte Odile se trouve, accrochée aux murs latéraux, une série de tableaux en marqueterie représentant les stations d’un chemin de croix réalisé en 1935 par un artiste alsacien réputé : Charles SPINDLER.

Né à Boersch en 1865, Charles Spindler est à la fois peintre, aquarelliste et photographe mais est surtout reconnu pour sa nouvelle conception de la marqueterie, art dans lequel il excelle et qui s’inscrit dans un mouvement artistique de son époque : l’Art nouveau appelé Jugendstil, cherchant à rompre avec l’académisme de cette fin du 19ème.

Petit rappel : la marqueterie est un décor réalisé avec des placages de bois de diverses essences, découpés suivant un dessin et collés sur un support (meuble, boiserie, ou tableau). Par extension, ce terme désigne la technique et le métier de ce décor spécifique.

 

L’artiste est fasciné par l’époque médiévale qui l’inspire dans son travail artistique et il éprouve un attrait particulier pour les légendes d’Alsace ; il témoignera de son attachement pour la sainte protectrice de l’Alsace et le lieu qui lui est consacré par la réalisation de plusieurs œuvres dédiées à la sainte dont le tombeau de Sainte Odile (photo ci-contre).

 

 

 

Mais surtout, c’est ici qu’il réalisa en 1935 une de ses dernières œuvres, un admirable chemin de croix en panneaux marquetés, présenté dans l’église conventuelle, sorte d’accomplissement d’un travail fécond et talentueux, peut-être même un testament artistique et spirituel. L’œuvre dans son ensemble est forte et marquante. Elle m’a toujours beaucoup impressionnée et touchée par sa densité émotive, sa portée symbolique et sa qualité artistique.

Spindler utilise la matière – les différentes essences de bois – comme un outil pictural pour rendre des effets de texture, de lumière, d’épaisseur, le mouvement en travaillant sur le sens des fibres du bois. La juxtaposition très nette de deux panneaux d’essences et de couleurs différentes fait valoir les contrastes et les oppositions de couleurs.

Le décor des scènes est minimaliste et la composition sobre et dépouillée, ce qui accentue l’intensité psychologique des personnages et en particulier du Christ. Des détails peuvent surprendre comme le bandeau sur les cheveux de Pilate. (cf photo en-tête)

Composé de 14 stations ainsi que le veut la tradition depuis le XVIIème siècle, ce chemin de croix comportent des scènes qui ne sont pas relatées dans les évangiles, telles la rencontre de Jésus avec Marie, sa mère, ou avec Véronique, ce qui conduisit Jean Paul II à des modifications lors de son pontificat.

Cette rencontre avec Marie donne lieu à un admirable face à face mère-fils qui relève de l’intime et on ne peut qu’être touché par l’intensité émotionnelle de la scène : les mains sont unies en signe de communion, signe que ces deux  êtres comprennent ce qui se passe et acceptent le projet de Dieu, pourtant douloureux puisque ce projet sépare une mère de son enfant. Jésus prend beaucoup de place dans cette composition ; il est plus grand que Marie et semble agrandi par son auréole alors que Marie n’en a pas.

Marie est maternelle, ses traits sont doux malgré la violence de la situation. En se penchant, elle est dans une attitude d’attention, de compassion pour son fils qu’elle regarde avec intensité comme si elle voulait lui insuffler du courage, de la force en posant sa main sur son bras. Mais lui ne la regarde pas ; il semble complètement absorbé par ce qu’il est en train de vivre et regarde plutôt dans le vide, envahi de questions et de doutes. Là aussi, les fibres du bois créent les contrastes des contours entre les personnages et l’horizon, entre les vêtements et le corps.

Aujourd’hui encore, Jean Charles SPINDLER, fils de Charles lui aussi marqueteur, constitue la troisième génération de cette famille talentueuse et engagée dans l’artisanat d’art, pour notre plus grand plaisir !

Isabelle Hincker

 

 

Retrouvez aussi :

Bulles d’Art – Plus d’info ?

Pascale Tochon : mediatheque@cedidoc.fr

Bulles d’Art vous retrouve en septembre 2020 : merci de votre fidélité !