Bulles d’Art : Prenez l’air ! – 8 –

Bulles d’Art

La revue d’Art qui vous fait prendre l’air !

Parce que la beauté évade, élève l’âme et rend le quotidien plus serein, chaque semaine,

Coup de projecteur sur un tableau, un objet, un artiste, par des spécialistes de l’art

 

Bulles d’Art 8

Un calice en étain

 

 

Quand on parle d’orfèvrerie d’église, on voit tout de suite du métal doré ou argenté.

Et voici un calice en étain, métal non noble, voire même pauvre ! Comment cela peut-il se faire ?

Ne doit-on pas célébrer la messe en utilisant des objets en métal précieux – or et argent ? L’usage n’est-il pas de disposer de coupes en argent recouvert d’une très fine couche d’or, afin d’éviter toute corrosion ou altération ?

 

L’étain est un métal connu depuis l’Antiquité. Il est facile à travailler, se moulant facilement et supportant aisément les retouches, les gravures et les ciselures. Enfin, dernière qualité, il est peu cher.

Les potiers d’étains sont présents en Alsace depuis le haut Moyen Age. Certes, ce métier n’a pas été aussi bien considéré que celui des orfèvres. Mais la revanche est arrivée dès le XVIe siècle… Les guerres qui ont ravagé notre région ont fortement touché les sacristies. De plus, les Protestants ont rapidement renoncé à célébrer la cène dans de la vaisselle précieuse, entendant ainsi recentrer la piété sur l’acte eucharistique lui-même, débarrassé de tout décorum. Les Catholiques avaient déjà utilisé des calices et des ciboires en étain, mais de manière très marginale. L’argent et l’or étaient un signe du respect dû aux saintes Espèces.

La pauvreté de certaines paroisses a entraîné la permission, par défaut de moyens, d’utiliser de la vaisselle liturgique en étain. Mais cela ne pouvait convenir à Louis XIV qui prônait un catholicisme triomphant. Ayant eu connaissance de la pénurie qui régnait dans les paroisses alsaciennes à la fin du XVIIe siècle – la province est seulement en train de se reconstruire après la guerre de Trente ans, le roi alloue une somme importante à son représentant, l’intendant, pour aider les paroisses à se doter de calices et de ciboires en métal précieux.

Mais les calices en étain n’ont pas disparu partout. On les a ressortis durant la Révolution et au tout du début du XIXe siècle, lorsque les paroisses doivent reconstituer leurs sacristies vidées par les saisies révolutionnaires. Notre calice date de cette époque : il se rapporte esthétiquement, à l’époque classique, avec son décor régulier. Jusqu’à quand a-t-il servi. On ne le sait. Il a été retrouvé dans une paroisse assez modeste de l’actuel Bassin potassique, délaissé au fond d’une armoire…

Le calice nous renvoie, en définitive, à notre relation à l’Eucharistie. Le décorum qui accompagne le mémorial du Christ en dit long sur notre perception de ce signe hautement sacré.

Benoît Jordan

 

Retrouvez aussi :

Bulles d’Art – Plus d’info ?

Adressez-vous à Pascale : mediatheque@cedidoc.fr