Livres : Je lis, tu lis, lisons !!! Rencontre 9

JE LIS, TU LIS, LISONS !!!

Chers Amis,

Puisque le livre est à la fois fenêtre ouverte sur le monde

et chemin d’accès vers l’intérieur, lisons !!!

 

Lors de cette neuvième rencontre, découvrez

un Monde de la Bible étonnant,

suivi d’une biographie sur J-R-R Tolkien,

présentée par Emmanuelle

et des nouvelles à butiner pleinement,

présentées par Evelyne Frank 

 

N’hésitez pas, comme Emmanuelle et Evelyne F., à proposer d’enrichir la rubrique de vos propres lectures. Comment ?

Un livre vous a plu : indiquez-moi le titre, l’auteur, l’éditeur et ajoutez un texte expliquant :

  • roman, essai, biographie, guide, etc. ?
  • résumé, peut-être étayé par une phrase ou deux… 
  • style, rythme…
  • « J’ai aimé » :

Lancez-vous ! Envoyez votre document à Pascale : mediatheque@cedidoc.fr

 

Le prêtre – des polythéismes au christianisme, 

In Le Monde de la Bible, mars-avril-mai 2020, n°232

Comment s’est imposée la figure du prêtre ? La société tout entière aujourd’hui questionne le “modèle millénaire du prêtre masculin, chaste, et célibataire” (Benoît de Sagazan).

La revue trimestrielle Le Monde de la Bible a consacré un dossier passionnant à la naissance et les évolutions de la figure du prêtre depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen Age. Dans le Proche Orient antique, hommes et femmes se chargent du sacré afin de maintenir de bonnes relations avec les dieux. Les prêtres, desservants, occupaient une fonction prestigieuse obtenue par un rituel de consécration. Ils étaient d’abord ritualistes : la variété et la complexité des rituels exigeaient d’eux d’être des spécialistes, des “techniciens”, exclusivement masculins, en contact avec le divin. Le mot “prêtre” serait trop vaste pour englober tant de statuts et de dignités divers qui évoluent sur 3 000 ans d’histoire. Les auteurs de l’article, Damien Agut et Bertrand Lafont, développent ce qui est commun aux civilisations antiques et les détails qui sont particuliers à la Mésopotamie et à l’Egypte.

Dans le judaïsme ancien, le “sacerdoce” élève le prêtre vers Dieu avec une forme de préservation vis-à-vis des affaires humaines. La “prêtrise” renvoie à la dignité du prêtre, “vénérable”. Le terme hébreu “cohen” réunit tout cela mais la figure du prêtre reste liée au contexte politique, religieux et social. Le cohen est le “sacrificateur”, celui qui sacrifie les animaux au temple. Environ 20 000 au tournant de notre ère, nous dit David Hamidovic, ils ne pouvaient sacrifier en même temps ni vivre de leur fonction au temple. La figure du “prêtre” diffère alors selon qu’il sert au temple ou mène une vie parmi le peuple.

Chez les premiers chrétiens : alors que le mot “prêtre” se lit 600 fois dans les livres historiques de l’Ancien Testament, il ne se lit que 32 fois dans le Nouveau Testament. Pourtant, les prêtres, dont la fonction a évolué dans le temps, font partie du monde de Jésus. Selon les Actes des Apôtres, les premiers chrétiens ont continué à fréquenter le temple même si la pression de voir cesser la propagande au nom de Jésus était forte.

Deux raisons selon Daniel Marguerat : 1. après la destruction du temple de Jérusalem en 70, le christianisme, comme le judaïsme, va se développer comme une religion sans temple. La foi, comme dans le judaïsme, va se vivre et se partager à la maison qui devient le lieu privilégié de l’enseignement et de la rencontre cultuelle. 2. Dans le judaïsme comme dans toute religion, le prêtre est considéré comme le médium du divin. Or dans le christianisme, le medium du divin, c’est Jésus. Il est le grand-prêtre. Le corps-Église est temple. Avec Tertullien, le pourvoir de donner le baptême revient au premier prêtre, l’évêque. Mais il s’élargira aux “presbyteroï”, appelés aussi “anciens” (les apôtres qui ont succédé aux apôtres fondateurs).

Du IIème au IVème s. après J-C, Marie-Françoise Baslez nous explique comment l’Église s’organise de façon pyramidale avec une autorité hiérarchique : épiscope (évêque), presbytres (conseil de l’évêque) et diacre (assistant personnel de l’évêque). Le statut de clercs apparaît.

Dans la métamorphose du christianisme, c’est la figure du prêtre qui est l’un des signes les plus visibles, et notamment entre le IVème s. et le Moyen Age féodal, écrit Benoît de Sagazan. Ce chapitre foisonnant évoque la cléricalisation de l’Église, le statut des clercs, la réforme grégorienne, etc.

J’ai aimé : la richesse du dossier et la qualité esthétique des images

Pascale Tochon

 

Tolkien – Une biographie, de Humphrey Carpenter, Ed.

Ecrit peu après la mort de Tolkien, réédité en 2002

“Ce livre a pour support les lettres, le journal et d’autres documents laissés par le professeur J-R-R Tolkien, ainsi que les souvenirs de sa famille et de ses amis. Tolkien lui-même n’aimait guère l’idée d’une biographie”. Ou plutôt il lui déplaisait qu’on l’emploie comme une forme de critique littéraire. “Je tiens fermement, écrivit-il un jour, que retracer la vie d’un écrivain est une manière fausse et entièrement vaine d’approcher son oeuvre”. Cependant il se rendait certainement compte que la remarquable popularité de son oeuvre rendait hautement probable la parution d’une biographie après sa mort, et il semble même qu’il s’y soit quelque peu préparé, car pendant les dernières années de sa vie il a joint des notes explicatives et divers commentaires à un certain nombre de vieilles lettres et de manuscrits. Il écrivit aussi quelques pages de souvenirs d’enfance, et on peut croire qu’il espérait que ce livre ne serait pas tout le contraire de ce qu’il aurait souhaité.

“En l’écrivant, j’ai voulu raconter l’histoire de la vie de Tolkien en évitant toute évaluation critique de son oeuvre d’imagination. En partie par respect pour ses opinions, et aussi parce qu’il me semble que la première biographie d’un auteur n’est pas nécessairement le meilleur endroit pour porter des jugements littéraires qui refléteraient, après tout, le tempérament du critique tout autant que celui de son sujet. J’ai tout de même essayé d’indiquer quelques-unes des influences littéraires et autres qui ont infléchi l’imagination de Tolkien, dans l’espoir de jeter quelque lumière sur ses livres”, Humphrey Carpenter, Oxford, 1976. Cette nouvelle édition (2002), revue et augmentée, contient des photographies de J-R-R Tolkien, un index détaillé inédit en français, ainsi qu’une mise à jour de la bibliographie des oeuvres  de Tolkien.

J’ai aimé : biographie bien construite, classique, sur un mode chronologique.

Très fouillée, l’auteur a été en contact avec la famille du professeur Tolkien. On y apprend beaucoup de choses et surtout la genèse de l’écriture de la trilogie du « Seigneur des Anneaux » qui n’a pas été écrit comme un pamphlet contre le nazisme comme on le fait croire sur internet. Quelle surprise de découvrir que Tolkien était un professeur très érudit d’Oxford, passionné de langues anciennes, à la vie familiale un peu étriquée.

Emmanuelle

 

Voyages de parfums, et Musiques de parfums, de Maison Guerlain, Ed. du Cherche-midi

Venues à moi, les Abeilles de Guerlain… 23. 5. 2020

En ce temps de long confinement, j’ai eu la chance de voir venir à moi, à mon adresse – rue des abeilles ! – les Abeilles de Guerlain. Leurs deux derniers volumes ont rejoint les trois que j’avais déjà.

Il s’agit bien de livres. Car, conjointement aux éditions du Cherche-midi, la maison de parfums a lancé une publication annuelle rassemblant des nouvelles, sélectionnées par concours, d’auteurs encore inconnus, ceci au profit de l’atelier de lutte des Restos du cœur contre l’illettrisme.

La « collection » comporte pour le moment cinq titres : Mémoire olfactive, 2015 ; Couleurs 2016 ; Toucher, 2017 ; Voyages de parfums, 2018 ; Musiques de parfum, 2019. Un enchantement ! Pour avoir expérimenté les trois lectures précédentes, je savais que les deux dernières en confinement seraient saines. Ce fut le cas. De fait, les abeilles ne butinent que du propre !

Je laissai la couverture de chaque ouvrage en lecture agir dans mon petit appartement. C’est à chaque fois simple, noble, élégant, avec cette splendide continuité, sur fond blanc, de l’or, l’or des abeilles. Car elles sont là, nettement dessinées ! Le livre posé sur le bois nu dégage quelque chose de bienfaisant,  paisible, mais fort, dans la pièce.

Plus que jamais, ici le livre est un bel objet. Je ne crains pas de le prendre d’occasion pour avoir perçu qu’il ne s’abîme pas, qu’il ne peut pas s’abîmer. La couverture est si forte en caractère qu’elle supporte le fracas. C’est un premier encouragement, avant même l’ouverture des ouvrages : ce qui est de bonne facture ne peut être enlaidi ; nos vies éraflées n’en ont que plus de superbe ; nos corps et nos visages vieillis peuvent entrer en beauté de patine.

Les récits sont brefs, puisque ce sont des nouvelles, et cette brièveté les fait incisifs. Ils sont pourtant du miel. Ils sont aussi nectar qui vous fait reine !

Ils peuvent être lus par ceux qui, accaparés par trop de douleur en leur propre histoire, ne peuvent plus entrer dans un autre récit. J’en témoigne, à titre personnel mais aussi pour avoir proposé bien de ces textes en collège, en maison de retraite, en milieu carcéral masculin et féminin. Non seulement « ça passe » mais ça vous fait passer. La  lecture profane est ici souvent pascale.

C’est dans l’instant. Mais l’on se surprend quelques heures, quelques jours, quelques mois plus tard, à regarder, sentir, écouter, toucher, vivre et aimer le monde autrement. Car ces livres relèvent de ce qu’en apiculture on nomme « danse des abeilles », qui fait signe vers le pollen en sa poussière d’or féconde.

Evelyne Frank   (www.evelynefrank.fr et https://www.evelynefrank.fr/index.php/cours-de-francais

 

JE LIS, TU LIS, LISONS !!!

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Et voici la page internet de notre Cercle de lecture mensuel ; vous y trouvez les lectures de janvier à mars.