Bulles d’Art : prenez l’air ! – 4 –

Bulles d’Art

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Bulles d’Art 4

Un voile huméral

Voici un ornement qui ne sort plus que rarement des tiroirs des sacristies : le voile huméral. Voile : pièce de tissu qui couvre (souvent la tête et les cheveux, mais pas seulement). Huméral… Que dit le dictionnaire ? « Humerus » : os du bras entre l’épaule et le coude… Non, ce n’est pas ça !

Il s’agit bien d’un tissu qui couvre les épaules et le buste du célébrant, et dont les pans sont munis en partie interne de poches permettant de saisir un ciboire, une pyxide, un ostensoir en protégeant l’objet porté d’un contact direct avec les mains.

Lors des saluts du Saint Sacrement, lors des processions où l’on porte l’ostensoir de place en place, ou bien le Jeudi-Saint quand le prêtre porte la réserve eucharistique (souvent dans un ciboire) au tabernacle-reposoir, le célébrant revêt ce voile.

Le voile huméral se porte sur l’aube ou sur la chasuble. Le décor peut être brodé ou tissé. Il peut également ne pas en avoir !

Sur le voile huméral ici présenté, le décor est brodé de fils de soie multicolores et rehaussé de petits éléments en métal doré, très finement fixés par des petits fils, formant les rayons de la gloire qui entoure la colombe du saint Esprit. La colombe forme le motif central, porté dans le dos du célébrant, les fleurs combinées avec des épis de blé – évocation du pain eucharistique ! – se retrouvant sur les pans.

L’ensemble est d’un dessin symétrique classique, et ce type de voile a été produit dans la première moitié du XIXe siècle. On en connaît plusieurs exemplaires du nord au sud du diocèse. Sans doute un marchand d’ornements liturgiques en proposait-il à un prix avantageux.

Le décor n’a, en soi, rien de religieux. En cela il s’intègre dans l’esthétique générale des ornements produits au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, avant que n’arrivent sur le marché des tissus et des motifs galonnés spécifiquement religieux, c’est-à-dire portant des croix, des alphas et des omégas, des cierges, des anges…

Le tissu de fond, en soie, se révèle fragile. Soumis aux tiraillements et aux tensions avec le tissu intérieur, il se déchire souvent. On peut donc renforcer les parties affaiblies (ce qui fut fait, le long du col), ou bien déposer les broderies et les refixer sur un nouveau support. EN ce cas, un fil d’or ou de soie est fixé sur la couture afin de cacher la cicatrice… Ce travail de précision était réalisé par des ateliers spécialisé – les Dames de Marie-Réparatrice à Strasbourg, rue Sainte-Elisabeth, étaient expertes dans ce domaine à la fin du XIXe siècle.

Le voile huméral, lors des processions, n’allait pas seul, mais faisait partie d’un decorum composé du dais, des dalmatiques et des chapes des assistants, et, bien sûr des reposoirs créés par les familles le long du parcours.

Benoît Jordan

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