Livres : Je lis, tu lis, lisons !!! Rencontre 5

JE LIS, TU LIS, LISONS !!!

Chers Amis,

Puisque le livre est à la fois fenêtre ouverte sur le monde

et chemin d’accès vers l’intérieur, lisons !!! 

 

Nous voici ensemble pour une cinquième rencontre 

Un roman sur la musique et la beauté,

Un essai sur le besoin de croire des adolescents,

suivis d’une BD, témoignage d’une histoire vraie, présentée par Mapi

N’hésitez pas, comme Mapi, à proposer d’enrichir la rubrique de vos propres lectures. Comment ?

Un livre vous a plu : indiquez-moi le titre, l’auteur, l’éditeur et ajoutez un texte expliquant :

  • roman, essai, biographie, guide, etc. ?
  • résumé, peut-être étayé par une phrase ou deux… 
  • style, rythme…
  • « J’ai aimé » :

Faites-vous plaisir ! Envoyez votre document à Pascale : mediatheque@cedidoc.fr

 

Des notes dans la nuit, de Thierry Lenoir, Ed. Cabédita

L’auteur est violoniste, aumônier d’hôpital et écrivain

Un roman porté par la passion du violon et de la musique, l’amour du beau et de l’esthétique, la recherche de toucher l’Invisible.

Le héros a 21 ans, s’appelle Mike. Dans la première partie nommée Acte I, c’est lui qui parle. Sa vie lui pèse et un soir d’ivresse dans la rue noire, il est fasciné par le visage d’un vieil homme en pleine lumière. Mike ne peut détacher ses mains des barreaux de la fenêtre.  “De sa main droite, l’homme saisit un archet. Il l’approcha lentement des cordes du violon qu’il tenait dans l’autre main”. Moins que la musique, c’est la sérénité du musicien qui attire le jeune homme. Il sait que sa vie vient de basculer. Et le lendemain, sonne à la porte du luthier. Démarre pour Mike une longue initiation.

Quelques mesures à peine suffirent à me propulser dans un paysage intérieur qui prenait la forme d’une citadelle… ou plutôt d’une cathédrale. p.20

Les sons s’écoulaient en moi, puis se mettaient à jaillir hors de moi, comme s’ils avaient éveillé des sources intérieures que j’ignorais jusque-là. Ces flots m’emportaient vers une destination totalement inconnue. p.21

Initiation à la musique, initiation à la vie. Mike cache une douleur profonde liée à son enfance qui fait écho dans le cœur du vieux Jacobus. Celui-ci détient lui aussi un secret, livré dans l’Acte II. Les destins de Mike et Jacobus se rapprochent dans une affection paternelle tandis que les mystères de leur vie se dénouent et se mêlent.

La quête du sens de l’existence est présente dans tout le roman. La recherche de l’harmonie aussi :

“L’arbre à violon est un matériau vivant… et mystérieux. Parce qu’il appartient autant au ciel qu’à la terre. Il puise sa force grâce à son double-enracinement : dans le sol par ses racines et dans le ciel par ses branches.” p.26

“Rien n’est laissé au hasard dans un violon. Tout est relié. Chaque élément fait partie du tout et s’harmonise avec l’ensemble. C’est comme des fragments d’hologrammes qui contiennent  et révèlent chacun le tout.” p.79

Le vieil homme est philosophe : “N’oublie pas de mettre de l’espace dans ta vie” et cite Saint-Augustin : “Se vider de tout ce dont on est plein permet de se remplir de tout ce dont on est vide”.

Une touche de rêve et de poésie, une touche d’amour (un peu fleur bleue)… A travers Jacobus, Thierry Lenoir transmet à ses lecteurs sa conception de l’esthétique et de la beauté :

“La contemplation de cette étendue illimitée m’ouvrait à un espace intérieur (…). C’est ici que je compris que l’ouverture des yeux et du cœur à la beauté qui nous entoure nous prépare à goûter la beauté de l’invisible”. p.141

 J’ai aimé : ce roman à l’histoire simple, nourri de très belles paroles sur les arbres, la musique et la beauté du monde. Cela fait du bien !

Prélude en mi majeur, J-S Bach

La Chaconne, Partie 2, J-S Bach

 

Grandir c’est croire, de Julia Kristeva et Marie-Rose Moro, Ed. Bayard

Un entretien à deux voix sur le besoin de croire, constitutif de l’adolescence  

Julia Kristeva est psychanalyste et écrivaine ; Marie-Rose Moro est pédopsychiatre et praticien hospitalier en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Elle dirige la Maison des Adolescents – Maison de Solenn à l’hôpital Cochin, à Paris. Ensemble, elles ont monté le séminaire Besoin de Croire au sein de cette Maison.

Dans l’ouvrage présent coordonné par Odile Amblard, journaliste à Bayard Presse et spécialisée en éducation, les deux praticiennes parlent de leur expérience avec les adolescents et affirment qu’en eux réside un réel besoin de croire, à savoir « ce que je tiens pour vrai » (même si c’est faux), qui leur permet de donner du sens à l’existence. Si la plupart des jeunes de 10 à 19 ans* trouve un sens au sein de leur famille ou à travers des activités à l’extérieur de leur famille, il en est qui quêtent sans trouver.

Les adolescents qui se présentent à la Maison de l’Adolescence sont dans des situations très variées : anorexiques, boulimiques, toxicomanes, suicidaires, petits délinquants, en refus complet de scolarité ou en voie de radicalisation. Les accompagnateurs trouvent des solutions thérapeutiques à chacun/chacune.

Les auteurs présentent l’origine du besoin de croire, et rappelle la dynamique de l’étape de l’adolescence : un élan vital, un processus intérieur et extérieur, conscient ou non. L’adolescent construit son identité à travers des rêves et des illusions. Trouver sa position personnelle nécessite parfois de s’opposer aux parents qui sont parfois très éloignés de leur culture ou religion d’origine sans que cela n’ait été évoqué. Cela peut expliquer le début d’une radicalisation dans le but de se rapprocher d’une pureté idéale que les parents n’incarnent pas.

En quête d’un idéal absolu, certains jeunes se tournent vers l’écologie radicale (Greta Thurnberg) ; d’autres sont malades d’idéalité : « Je casse tout » (les Black Blocks). Ils ont tous une soif de dépassement et une incroyable créativité mais ne trouvent pas leur place: “Notre société techniciste, gestionnaire, au marketing globalisé, ne tient pas compte des bases psychiques de l’adolescence” p. 53

 “Le fait que notre société soit laïque, rationnelle, matérialiste, ne peut pas empêcher le besoin de croire des adolescents, mais elle peut l’exacerber. Dans la mesure où notre société (…) ne valorise pas le fait religieux et présente la laïcité comme une valeur de progrès, une avancée par-delà la religion, les adolescents qui aspirent à autre chose de l’ordre de la spiritualité peuvent se sentir non reconnus dans leur aspiration et avoir besoin de conquérir et d’afficher avec force cette part de spiritualité qui vibre en eux”.

J’ai aimé : l’engagement fort des auteures à dessiner les chemins des possibles et à délivrer ce message à tous les acteurs de la société… que nous sommes.

*Lien de l’OMS sur l’adolescence

Pascale Tochon

L’Odyssée d’Hakim, de Fabien Toulmé, Ed. Delcourt/Encrages (2018)

Fabien Toulmé est un auteur à découvrir : ces publications sont de vraies odes à la Vie !

Une fois n’est pas coutume, le livre choisi est une bande dessinée.  Laissons nous interpeller par cette histoire basée sur le témoignage d’une histoire vraie.

La guerre en Syrie oblige Hakim à quitter son pays et sa famille pour survivre. Nous suivons son parcours tortueux au gré des rencontres et des aléas du voyage, d’abord le Liban puis la Turquie. Son seul désir est d’avoir un logement décent, manger, travailler et fonder une famille. En résumé : vivre !

Le récit n’est pas larmoyant mais vivant et positif… avec toujours l’espoir d’un futur meilleur. Des rencontres, des amitiés extraordinaires se créent. L’accueil oriental et l’importance de la famille sont magnifiquement décrits. Bien sûr, les difficultés sont présentes et doivent être relevées avec détermination.

L’auteur fait le récit d’un migrant avec beaucoup de délicatesse et d’amour. Il ne juge pas, mais nous emmène avec lui dans un voyage de notre temps qui demande des valeurs de courage et d’humilité.

Nous voyons quotidiennement ces images de pauvres hommes, femmes et enfants qui essaient de traverser la Méditerranée pour rejoindre un Eldorado. Ils trouvent souvent l’enfer… De notre canapé nous les regardons, peut-être nous posons-nous quelques questions mais nos préoccupations quotidiennes les occultent rapidement… Difficile de résoudre l’équation.

J’ai aimé : L’écriture de Fabien Toulmé, le respect et la sensibilité qu’il donne à son personnage Hakim. J’ai ressenti la patience d’écoute d’un témoignage, les difficultés d’une traduction, le respect de l’homme, l’amour dans l’écriture du récit d’un autre… son appropriation d’une histoire, d’une culture autre…

Mapi

Bibliographie de l’auteur

« L’Odyssée d’Hakim » 3 tomes : 1. De la Syrie à la Turquie 2.  De la Turquie à la Grèce /2019 3. De la Macédoine à la France /2020

Je n’ai lu que le premier tome, confinement oblige, le deuxième est en en librairie et le troisième sort prochainement (Mapi).

Fabien Toulmé a écrit également deux autres bandes dessinées : 

des sujets graves contemporains qu’il parvient à partager avec délicatesse et poésie.

« Ce n’est pas toi que j’attendais » 2018 : Une histoire tirée de son expérience personnelle, l’arrivée et l’acceptation d’un bébé différent des autres.

« Les deux vies de Baudoin » 2012 : L’arrivée d’une maladie qui change les rapports dans une fratrie.

 

JE LIS, TU LIS, LISONS !!!

Retrouvez nos précédents comptes rendus de lecture

Rencontre 4

Rencontre 3

Rencontre 2

Rencontre 1

Et voici la page internet de notre Cercle de lecture mensuel ; vous y trouvez les lectures de janvier à mars 2020.