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Europe, laïcité, concordat : Retour sur la visite à Strasbourg du Cardinal Parolin

Ce dimanche 4 juillet 2021, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, s’est rendu à Strasbourg. Il a rencontré des acteurs diocésains de la pastorale européenne et des acteurs politiques. À la cathédrale, il a ensuite présidé la messe solennelle du Grand Jubilé de sainte Odile et d’ordination du nouvel évêque auxiliaire de Strasbourg.

Ma venue est un signe de proximité du pape François pour cette région, qui est devenu le coeur battant d’un chemin de paix en Europe.

Accueilli par Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, sur le perron de la résidence épiscopale, le cardinal Parolin a démarré cette journée par une visite éclair du centre-ville et de la cathédrale. Strasbourg est une ville qui ne lui est d’ailleurs pas inconnue même si son voyage a dû être annulé à deux reprises. En 2014, il avait accompagné le pape François lors de sa visite officielle aux institutions européennes. “Les souvenirs de cet accueil sont encore présents dans ma mémoire.”

Retrouvez l’intervention de Mgr Luc Ravel

 

Une invitation lancée pour l’Europe à retrouver ses racines chrétiennes

Il s’est ensuite rendu au Munsterhof, salle paroissiale de la cathédrale pour rencontrer une soixantaine d’acteurs de la pastorale européenne. ” Je suis très heureux d’être enfin à Strasbourg. Et d’écouter votre engagement envers l’Europe. Merci pour cette rencontre a déclaré le cardinal Pietro Parolin. Il a rappelé les liens profonds qui unissent le Vatican et l’Europe, soulignant combien la ville de Strasbourg est le siège des plus grandes institutions européennes. Il a aussi partagé les convictions fortes du saint père à propos de l’Europe “si chère à son cœur.” Avec lucidité, il a insisté sur l’importance de promouvoir la valeur et la dignité de toute vie humaine : “Les problèmes ne sont pas simples à résoudre, mais nous avons l’espérance en Jésus. Celui qui veut créer une humanité juste doit placer au centre l’homme et sa dignité.”

Une Europe qui ne s’ouvre pas à la transcendance risque de perdre son âme (…) Grande est votre mission, chrétiens, dans cette ville européenne.

Dans un second temps, les acteurs de la pastorale européenne se sont présentés à lui. Marc Feix, délégué aux affaires européennes du diocèse de Strasbourg, a présenté le projet Relien (entreprise et religion) qui vise à répondre aux défis posés par la cohabitation religieuse dans nos sociétés. Anne Fuchs, animatrice de zone a évoqué Kirk qui organise des échanges réguliers entre les responsables d’églises transfontalières. Sans oublier le réseau Ensemble pour l’Europe, présenté par Salomé Vischer ; Pax Christi, présenté par Alfonso Zardi et Decere, présenté par François Brunagel et Bernard Senelle. Le cardinal Parolin leur a adressé un message d’encouragement, invitant le diocèse de Strasbourg à promouvoir la pastorale européenne, invitant ces différents acteurs à travailler et à marcher ensemble, à faire entendre leurs voix : “C’est important d’avoir une vision chrétienne de l’Europe a conclu le légat du pape François.

Retrouvez l’intégralité de l’intervention du cardinal Pietro Parolin 

La foi européenne en danger

Le cardinal s’est ensuite entretenu avec la presse. Il a souligné l’enjeu ecclésial de sa venue au niveau du Grand jubilé de sainte Odile : “Ma présence pour cet anniversaire souligne la communion de Rome avec les catholiques de l’Alsace. J’espère que la célébration du Jubilé pourra affermir la foi des Alsaciens. La culture ici n’est pas encore trop sécularisée, mais la foi est en danger aujourd’hui. C’est pourquoi il est très important d’avoir des occasions pour la soutenir, en prenant exemple des saints qui sont intercesseurs, et pour retrouver la joie et le courage d’annoncer l’Évangile.”

La laïcité : conséquence et non cause du Concordat

Plus tard, face instances civiles, sociales, militaires et artistiques de la région au Messe des officiers, le Cardinal a cité une lettre que le Saint-Père lui a adressée : “Je rêve d’une Europe sainement laïque où État et Église soient distingués mais pas opposés; je rêve d’une terre ouverte à la transcendance où le croyant puisse apporter son point de vue dans l’échange public.” Il a précisé que l’apport du christianisme dans le dialogue social était un “enrichissement”, et que la laïcité vécue en démocratie devait être comprise dans ce sens. Le légat du pape a d’ailleurs rappelé que la laïcité était une “conséquence et non la cause du Concordat”. Pour le Saint-Siège, ce type d’accord est un “bon instrument pour assurer une relation efficace et apaisée entre l’Église et l’État.”

Alors que le désintérêt du politique par les jeunes générations inquiète les élus, le cardinal a préféré inscrire ce souci dans une perspective plus globale : La mission de l’Église est de réveiller la conscience politique des peuples. Cela fait partie de l’évangélisation, au sens large.

Retrouvez l’intégralité du discours du Cardinal Pietro Parolin lors de la rencontre avec les Autorités politiques et civiles d’Alsace

Retrouvez l’intervention de Mgr Luc Ravel

 

Promouvoir des démocraties de valeurs

Évoquant les tensions en Europe de l’Est, le Secrétaire d’Etat du Vatican est partisan du dialogue même s’il regrette “les démocraties sans valeur, car uniquement techniques, de certains états.”

La démocratie doit être basée sur les valeurs de la dignité de la personne humaine et le respect de la vie dans tous ses états. Strasbourg a la mission particulière de porter la démocratie européenne fondée sur de telles valeurs.

L’Europe a besoin d’espérance, de foi et de charité

Au cours de la messe du Grand Jubilé, le Cardinal Parolin a consacré une partie de son homélie aux problématiques européennes en leur opposant une réponse théologale :

“L’Europe a besoin d’espérance, si elle veut que finisse l’hiver démographique, qui n’est pas d’abord le fruit d’une crise économique ou sociale, mais de l’affaiblissement de l’espérance et du sens authentique de la vie et de l’existence.

L’Europe a besoin de foi en Dieu, qui est Père; elle a besoin de confiance en ses potentialités, surtout spirituelles.

L’Europe a besoin de charité, pour mettre au centre de ses préoccupations celui qui survit dans la marginalité, dans la pauvreté ou dans l’exclusion, et pour gérer le phénomène migratoire avec sagesse et clairvoyance, de manière à rendre concrètement praticable une vraie intégration qui devienne source d’opportunité et de fraternité et éloigne le risque de séparations et d’incompréhensions douloureuses, spectres d’une culture qui nie que tous les êtres humains sont frères et sœurs, fratelli tutti.”

Retrouvez la Messe du Grand Jubilé et l’Ordination de Mgr Gilles Reithinger en 5 moments forts

Lundi matin, le cardinal s’est rendu au Conseil de l’Europe pour des visites de courtoisie, notamment auprès de la Secrétaire générale et du président de la Cour européenne des Droits de l’Homme.