Premier message à mes chers Alsaciens pour le temps de l’épidémie

A la différence de douleurs qui n’atteignent qu’un seul membre mais que nous partageons par la solidarité unissant les membres d’un même corps, aujourd’hui nous sommes tous atteints.

Je songe à cette fable de Jean de La Fontaine « Les animaux malades de la peste » : « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » Maintenant ou demain, nous serons tous frappés en notre chair, dans notre famille, à travers les difficultés de l’entreprise etc.

Si certains passent entre les gouttes, ce sera miracle… et, j’ose croire qu’ils n’en seront que plus sensibles à la souffrance des autres.

Tenez-bon ! Courage ! Même le pire a une fin. Mais beaucoup d’entre nous vont trouver le temps de l’épidémie long voire extrêmement long, dans l’attente exaspérée que reprenne la vie normale.

Leur patience sera mise à rude épreuve pour des raisons opposées, que je signale afin que nous portions ceux qui sont plus que les autres sous le joug de la durée, la lenteur d’un temps qui n’en finit pas. Regardons-les.

Ceux qui ruinent leur santé en travaillant trop pour nous : le personnel soignant avant tout, lui qui arrive déjà à saturation. Mais aussi les policiers et militaires qui vont assurer l’ordre et nous éviter le pire (Imaginons une attaque terroriste d’ampleur avec un groupe armé attaquant un hôpital. Ce serait une tragédie innommable).

Sur-occupés habituellement, comment les uns et les autres vont-ils tenir le coup ? Certainement beaucoup d’autres catégories de personnes rejoignent les soignants et les forces de l’ordre, par exemple nos chers pompiers toujours disponibles.

Ceux qui dépriment en travaillant trop peu et qui n’auront même plus ce minimum de vie sociale que leur fournissaient les commerces, les marchés et les messes : ces personnes seules à qui on ajoute le confinement à la solitude.

Ces chefs d’entreprises qui voient leur activité fondre et qui songent à tout arrêter.

Ces jeunes qui perdent leurs espoirs de réussites scolaires malgré les propositions des établissements scolaires ou universitaires.

Sûrement, là encore, j’oublie beaucoup de monde.

A ceux-là, à ceux qui sont rudement éprouvés, je propose l’aide de l’Église. Nous ne ferons pas de miracle mais à nous tous nous sommes une extraordinaire force d’amour.

Et pour être à la hauteur des appels lancés par les hommes nos frères, je me permets de fixer aujourd’hui notre attention sur trois points très concrets :

La discipline personnelle.

Puisque nous sommes disciples du Christ, nous avons l’habitude de la discipline divine ! Or, comme le disent saint Paul (Rm 13) et saint Pierre (1P 2), Dieu parle et passe par les autorités politiques et judiciaires car Il est la source de leur autorité.

Nous devons donc vivre les consignes et recommandations données avec zèle et foi. Sans rechigner mais avec la conscience d’être disciples du Seigneur en exécutant les ordres.

Par cette obéissance, nous avançons spirituellement. Non seulement la raison mais aussi la piété nous pressent d’être disciplinés. Jusqu’aux moindres détails. Soyons ponctuels dans notre obéissance.

La solitude terrible.

Certes le Carême est un temps de désert et le désert est souvent caractérisé par la solitude. Tant mieux si nous pouvons trouver un peu de calme ces prochaines semaines. Mais je pense aux gens seuls déjà accablés par la solitude avant l’épidémie.

Solitude éprouvante, hier. Solitude angoissante aujourd’hui. Solitude mortelle demain.

Nous pouvons réagir ensemble à partir de la demande instante que je vous fais : que chaque catholique s’engage à un contact journalier avec deux personnes seules qu’il connaît. Il n’y a pas que les grands vieillards à être seuls.

Un coup de téléphone, une communication vidéo, un SMS pour prendre et donner des nouvelles, proposer une aide etc. Nous sommes très nombreux et peu de personnes passeront dans les mailles du filet de notre charité.

L’Eucharistie spirituelle.

Plus de messes publiques ne veut pas dire plus de messes du tout. Les prêtres ne cessent pas de dire la messe, chaque jour, en particulier pour le peuple qui leur est confié.

A chacun de s’unir à cette incomparable source de vie chrétienne. Comment ? Bien entendu il y a les moyens de communications : la messe télévisée, radiodiffusée, numérisée. Mais il y a aussi la communion spirituelle.

Elle n’est pas une nouveauté. Des chrétiens vivent sans possibilité d’aller à la messe pendant de longs mois (par exemple en Amazonie, nous a rappelé le pape François). Unissons nos cœurs à l’heure de la messe ! Les cloches sonnent toujours…

N’oublions pas l’Eucharistie !

Entretenons la mémoire de la messe ! Dans ce sens, je vous laisse deux belles citations de Madeleine Delbrêl : « Vivons-nous chaque confession, chaque communion comme des gens qui ne sauraient pas quand ils pourraient à nouveau se confesser ; à nouveau communier ? » (L’éblouie de Dieu, Nouvelle Cité, 2020, p. 118)

Et encore : « Toute cette intensité de charité poussée jusqu’au bout n’est pas encore la bout de la charité de Jésus dans l’Eucharistie car il est une présence au monde entier. Il est le véritable Adorateur, le Distributeur comblé, revêtu de toute grâce, comblé de tous les dons de la source de vie. C’est là que nous pourrons apprendre cette vie d’intimité avec le monde entier. Chacun de nous doit être, à l’exemple de Jésus, l’adorateur unique pour le monde entier, car si notre cœur est livré à l’Eucharistie, il est présent à tous les cœurs humains… Alors devrait s’éveiller en nous la pitié pour les autres à travers le cœur de Jésus. » (L’éblouie de Dieu, Nouvelle cité, 2020, p. 114-115)

Amitiés fraternelles à tous dans le Seigneur !

17 mars 2020

+ Luc Ravel, Archevêque de Strasbourg