La valeur du pardon dans la construction de l’Europe

« Quand je fais visiter le mémorial d’Alsace Moselle à des personnes d’origine asiatique, elles sont surprises d’apprendre que l’Allemagne et la France se sont réconciliées aussi rapidement après la fin de la Seconde Guerre mondiale » a lancé Marcel Spisser, président des Amis du Mémorial d’Alsace Moselle.

Ce 13 octobre, l’association DECERE (Démocratie, construction européenne et religions) a organisé une journée de réflexion autour du sens de la valeur du pardon dans la construction de l’Europe.

Aux côtés de François Brunagel, président de DECERE et ancien chef du protocole au Parlement européen et de Bernard Senelle, directeur de DECERE et aumônier au Parlement européen, une trentaine de participants ont rejoint le Mémorial d’Alsace Moselle. Cette visite a permis aux participants de se souvenir du contexte historique qui a évolué de la guerre à la construction de l’Europe.

Ensuite, le groupe s’est rassemblé au Mont Sainte Odile autour d’une table ronde.

Persuadé que les valeurs fondant la construction européenne ne sont pas des acquis définitif, Joseph Daul, président du Parti Populaire Européen, a lancé cet appel à la vigilance : « La paix est à gagner tous les jours et l’Europe est un modèle à créer en permanence. Restons vigilants quant au respect de nos valeurs. »

Akiyoshi Nishiyama, professeur d’histoire à l’Université de Tokyo, a mené une comparaison intéressante entre l’Europe et l’Asie.

Constatant que le processus de réconciliation est en suspens en Asie du Sud Est, toujours marquée par les précédentes guerres sino japonaises, il a souligné qu’« on ne peut pas importer ni exporter la réconciliation. Le modèle de la réconciliation franco-allemande est un modèle encourageant ».

Après avoir rappelé que le processus de pacification de l’Europe était largement antérieur au 9 mai 1950, Sylvain Schirmann, professeur d’histoire à Science Po Strasbourg, a orienté son exposé sur le fait que la réconciliation franco-allemande n’appartient ni à la France, ni à l’Allemagne mais à toutes les familles politiques : chrétiennes, protestantes, socialistes à l’exception des communistes.

Enfin, Étienne François, professeur des Universités allemandes, a rappelé les raisons qui ont conduit les Allemands de l’Ouest à « jouer le jeu de cette réconciliation » à savoir la conjonction de différents intérêts, économiques et politiques mais aussi leur détermination à devenir une démocratie exemplaire pour réparer les crimes commis antérieurement par le nazisme.

« L’Union européenne doit devenir une grande puissance, respectée par les autres et intervenant au niveau mondial. L’avenir, même s’il peut nous rendre pessimiste, n’est pas déterminé à l’avance. Il dépend de nous et l’histoire est ouverte. » a-t-il conclu.

Isabelle Dumont