Faire mémoire pour construire la paix

1918, fin de la 1ère guerre mondiale. Retour de l’Alsace à la France.

Des drames humains terribles, un tournant pour l’histoire.

Un siècle plus tard, l’Église d’Alsace veut faire mémoire de ces événements tragiques pour apporter sa pierre à la construction de la paix.

Le chanoine Bernard Xibaut donne le sens de cette commémoration.

Cet anniversaire n’appartient pas à l’Eglise. Cependant, ni Dieu, ni les Chrétiens n’ont été absents de la guerre, le premier parce qu’il s’est trouvé invoqué avec plus de ferveur que d’ordinaire par les différents belligérants, les seconds parce qu’ils ont participé à toutes les phases et à toutes les dimensions du conflit, les prêtres eux-mêmes étant mobilisés, les uns dans les combats, les autres dans les soins, d’autres encore dans l’aumônerie militaire.

Et puis, pour les Alsaciens, ce fut une période particulièrement compliquée, pris entre allemands et français, passant en quelques mois de l’Allemagne à la France.

A l’occasion du centenaire de la fin de la grande guerre, la cathédrale de Strasbourg va proposer deux événements : un spectacle et un rallye.

L’archiprêtre Michel Wackenheim précise la nature de ces deux temps forts.

La cathédrale, qui n’a de cesse depuis des siècles de vivre au rythme des soubresauts de l’histoire ne pouvait pas ne pas abrité un spectacle théâtral qui met en scène la vie d’une famille durant la Grande Guerre, Hans et Peter, Pierre et Jean.

Lisel, une mère de famille alsacienne a deux fils, Hans et Peter. L’un choisi de servir le camp allemand, l’autre le camp français. Nous sommes au cœur du dilemme alsacien.

Le spectacle est né de l’amitié entre Richard Seiler, président régional du Souvenir français et Sylviane Eglemme, enseignante au lycée Oberlin, et spécialiste de la guerre 14-18. Le texte de la pièce a été écrit par Marcie-Sophie Remy, elle aussi enseignante au lycée Oberlin.

Joué par des étudiants, sur une mise en scène de Pascale Lequesne, le spectacle, qui est un appel à la réconciliation et à la fraternité, sera présentée le samedi 16 juin à 20h30. Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Le dimanche 16 septembre à partir de 9h30, un rallye est proposé par la paroisse de la cathédrale sur le thème de la Grande Guerre.

Après l’enregistrement des équipes au Munsterhof, celles-ci iront cherche réponses aux questions posées dans les environs de la cathédrale.

Fin du rallye à 12h15 et messe dominicale à 12h30 dans la crypte.

Les meilleures équipes seront récompensées par de magnifiques lots offerts par les commerçants du quartier.

Dans le cadre des commémorations, l’Église d’Alsace, suivant le souhait de Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, va donc proposer un certain nombre d’occasions d’éveiller la mémoire collective et les mémoires personnelles.

La paix et la mémoire de la Grande Guerre par Mgr Luc RAVEL

Pendant des années, presque à chaque intervention, affleurait le mot de “Paix”. Je joue sur le mot intervention qui désigne une conférence ou une opération extérieure, un flux de paroles ou une frappe de guerre.

C’était aux armées dont j’ai été l’évêque pendant presque huit ans. J’ai vite compris que la question de la paix n’était vraiment pas derrière nous : plus de soixante-dix ans sans conflits sur notre Europe de l’Ouest ont pu nous laisser croire que l’affaire était pliée et la paix définitivement acquise… jusqu’aux attentats mortels qui ont frappé au coeur de nos cités.

Dans la paix comme dans la vie, si on n’avance pas, on recule. La paix est non seulement à surveiller comme le lait sur le feu, mais elle est à élaborer constamment comme une fraternité fragile. Et pour cela, il faut y réfléchir sans cesse et y investir sans arrêt.

Mais pour y oeuvrer avec énergie, cette génération, qui n’a connu la guerre que de loin, devra écouter ceux qui l’ont vue de près. Je pense à nos soldats d’aujourd’hui et à nos anciens combattants d’hier. Ceux-ci ont senti l’odeur du sang et de la poudre.

Et rien de tel que des morts, des blessés, des théâtres de guerre extrêmement compliqués pour comprendre le prix de la paix. Et, par ce prix à payer, connaître la valeur de la paix. Car on ne paie cher que ce qui vaut énormément.

Reprenons la formule : c’est à son prix qu’on voit la valeur d’un objet. Une guerre n’est ni bonne ni souhaitable mais, quand elle nous arrive, elle démontre avec violence la grandeur de la paix par le poids de morts qu’elle charrie.

Par le coût de la guerre, on saisit la valeur de la paix.

A défaut de l’avoir faite, la guerre peut nous parler de loin si nous revenons à ce qu’elle fut sur nos terres.

La mémoire collective d’un peuple nous sert aussi à avancer si nous l’intégrons dans notre mémoire personnelle. L’oubli est une manoeuvre d’évitement psychologique absolument inefficace pour avancer sur les chemins de la paix.

C’est avec cette conviction que nous nous lançons dans la commémoration de la fin de la première guerre mondiale.

En 2013, je voyais se profiler le Centenaire de la Grande Guerre qui, pour nous Alsaciens, a commencé en 1914. Cet “anniversaire” n’appartient pas à l’Eglise mais à nos nations en tant que telles. Malgré tout, se joindre à lui me paraissait absolument nécessaire.

Les chrétiens ne sont pas appelés à ne produire que commémorations de notre vie ecclésiale, mais à participer aussi à la grande mémoire du monde.

A ceux qui voudraient le contester, il faudra rappeler que si la guerre ne s’est pas faite sans Dieu, la commémoration ne peut pas se faire sans Dieu.

Et de même la paix. Cent ans après, il ne s’agit plus de se réjouir d’une victoire ou de déplorer une défaite, mais de comprendre par quels chemins on peut semer la paix ou, au contraire, par quelles impasses on peut la rater.

+ Luc RAVEL

Retrouver toutes les propositions qui seront organisées entre juin 2018 et début 2019.

• Grand Séminaire : Inauguration d’une exposition sur les Aumôniers militaires alsaciens dans l’Armée française et dans l’Armée impériale allemande

Journée d’étude sur les Évêques de Strasbourg

  • dimanche 18 novembre 11h00 • Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg : Messe pour la Paix en commémoration des deux guerres mondiales [avec des invités allemands]
  • samedi 24 novembre 15h00 • Bibliothèque du Mont Sainte-Odile : Yves Congar et son journal de guerre

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  • Concours scolaire de l’enseignement catholique

    Mgr Ravel, Archevêque de Strasbourg, organise un concours ouvert aux élèves des établissements catholiques d’Alsace, du primaire au secondaire, dans le cadre d’un partenariat entre la Direction diocésaine de l’enseignement catholique et la Société d’histoire de l’Église en Alsace sur le thème « 1918 : guerre et paix en Alsace »