Chercher la vérité pour construire la paix

édito de Marc Larchet1918, la Première Guerre Mondiale va prendre fin. Les populations sont ravagées, tout est à reconstruire.

Un siècle est passé et nous ne devons pas oublier les horreurs à peine imaginables de ce drame : 18,6 millions de morts, en nombre à peu près égal dans chaque camp, et encore ne sont pas comptabilisés les milliers de morts des suites de la grippe espagnole de 1918, conséquence indirecte de la guerre, 21 millions de blessés. 52 % des Français de 18 à 25 ans ont disparu, une classe d’âge décimée !

2018, dans une période de résurgence des nationalismes et de montée des populismes, il est urgent de continuer à construire un dialogue renouvelé pour façonner une communauté humaine pacifiée.

Les Pères fondateurs du projet européen, témoins des horreurs de la guerre, ont, avec ténacité et espérance, mis sur pied cette communauté composée de femmes et d’hommes, aux identités et aux particularités diverses, mais unies dans la volonté d’édifier une Europe réconciliée et pacifiée.

Elle est aujourd’hui l’objet de multiples critiques.

Si certaines sont justes, elles ne peuvent être l’amorce d’un repli sur soi ou d’une affirmation des seuls intérêts nationaux ou catégoriels.

Comme chrétiens, nous sommes appelés à favoriser le dialogue politique, à reconnaître la nature commune de chaque être humain et à valoriser ce qui m’unit à lui pour participer à l’édification d’une communauté humaine fraternelle.

La Paix est un don que chacun de nous est invité à faire prospérer au quotidien, en étant un instrument de la Paix du Seigneur.

La paix se conquiert avec la solidarité et le dialogue au service du développement de tout homme et de tout l’homme, comme le pape Paul VI l’affirme dans sa lettre encyclique « Populorum progressio ».

Ambitieux programme qui nous oblige au quotidien à régler les inévitables conflits que nous rencontrons dans notre vie en acceptant que l’autre, avec lequel nous sommes en désaccord, puisse apporter sa contribution à la solution.

Gérer de manière non-violente la résolution d’un conflit part du principe que l’après conflit ouvre de nouveaux horizons de vie pour les deux parties, souvent accompagnés d’une démarche de réconciliation mutuelle, source de paix.

Le thème choisi par le pape François pour la 52e Journée mondiale des communications sociales, qui se vivra le dimanche 13 mai dans chacune de nos paroisses, s’inscrit dans cette logique de la construction de la paix : « La vérité vous rendra libres (Jn, 8, 32). Fausses nouvelles et journalisme de paix. »

Le pape s’inquiète du développement des fausses nouvelles, appelées dans le jargon médiatique, « fake news. » Cette expression fait référence à des informations non fondées, basées sur des données inexistantes ou déformées dans le but de tromper voire de manipuler celui ou celle qui les reçoit.

Elles sont d’autant plus ravageuses qu’elles se transmettent à une vitesse vertigineuse par les réseaux sociaux : « Le drame de la désinformation est la discréditation de l’autre, sa représentation comme ennemi, jusqu’à une diabolisation susceptible d’attiser des conflits. »

Le pape nous invite à nous libérer du mensonge en nous mettant librement à l’écoute et au dialogue permettant l’émergence de la vérité : « Informer c’est former, c’est avoir affaire avec la vie des personnes.

C’est pourquoi, l’exactitude des sources et le soin de la communication sont de véritables processus de développement du bien, qui génèrent la confiance et ouvrent des voies de communion et de paix. »

Marc Larchet (édito Carrefours d’Alsace Mai 2018)