La prière : Un film sur l’engagement, la foi et une renaissance

LA PRIÈRE : Un film sur l’engagement, la foi et une renaissance

Soirée cinéma à ne pas manquer autour du film de Cédric Kahn : La Prière

Une nouvelle fois, et nous nous en réjouissons, le cinéma français s’intéresse aux questions liées à la foi.

Cédric Kahn avec son film La Prière raconte l’histoire de Thomas, 22 ans, dépendant de la drogue. Convaincu par un prêtre qui l’a ramassé dans la rue, il rejoint une communauté isolée dans la montagne, tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière et le travail. Il va y découvrir l’amitié, la règle, l’amour et la foi…

Le service de communication du de l’Eglise catholique en Alsace, Alsace Média, et le cinéma Star Saint-Exupéry de Strasbourg organise le jour de la sortie du film, le mercredi 21 mars à 20h, une séance spéciale, la projection sera suivie d’un débat animée par l’équipe d’Alsace Média.

Pour toutes les personnes se recommandant du diocèse, le tarif réduit à 5 euros leur sera appliqué. Il est très fortement conseillé de réserver sa place sur communication@cinema-star.com

Cédric Kahn se déclare agnostique : « je n’ai aucune certitude. Je respecte les gens qui sont croyants et par certains aspects, je peux les envier. La foi est une affaire intime qui dépasse largement le cadre des religions. Tout est question de foi dans la vie, l’amour, la passion, l’engagement. »

Cédric Kahn s’est beaucoup informé de l’existence de ces communautés chrétiennes qui par la prière et le travail permettent à des jeunes de retrouver leur dignité. Une de ces communautés est bien connue par les jeunes du Pélé Jeunes qui chaque année rencontrent à Lourdes la communauté du Cenacolo qui accueille suivant le charisme de Mère Elvira des jeunes en grande difficulté.

Anthony Bajon qui incarne Thomas dans le film de Cédric Kahn a obtenu le prix d’interprétation au dernier festival du film de Berlin.

Un film à ne pas manquer, une soirée à réserver dès maintenant.

 

Entretien avec Cédric Kahn, réalisateur

Quel a été le point de départ du film ?

Ce projet est né de trois rencontres décisives. En tout premier lieu, Aude Walker, une jeune écrivain, qui m’a mis sur la piste du sujet, ayant elle-même beaucoup enquêté en vue d’un livre sur des expériences religieuses tentées avec des toxicomanes.

De Fanny Burdino et Samuel Doux, un duo de scénaristes, qui ont relevé le défi de l’écriture qui par certains aspects comportait pour moi beaucoup de défis et, enfin, de Sylvie Pialat, la productrice, qui a immédiatement adhéré au projet et à l’idée de le faire sans acteurs connus, dans l’esprit de mes premiers films.

Vous n’aviez encore jamais travaillé avec Fanny Burdino et Samuel Doux. Quel a été leur apport ?

Il a été déterminant. J’avais tenté une première fois d’écrire le scénario, sans succès. N’étant ni croyant, ni chrétien, ni ex-toxicomane, il fallait que je trouve ma propre porte d’entrée vers le sujet.

Nous avons tout repris ensemble : la lecture des psaumes, la documentation, les rencontres avec des jeunes gens qui ont vécu ce genre d’expériences.

On a parlé avec des « anciens », des types sortis d’affaires depuis longtemps qui nous ont parlé de leur rapport persistant à la foi. Samuel est allé à la rencontre de jeunes gens en pleine expérience, observé leurs rituels et leurs disciplines de vie, recueilli leurs témoignages.

L’écriture a pris corps à partir de ce moment-là. Et nous avons d’emblée pris quelques décisions fortes, comme de centrer le récit sur la trajectoire d’un seul garçon dont on ne saurait rien et qui deviendrait au fil du récit le symbole de tous les autres, une figure emblématique.

Que le film commencerait à son arrivée et finirait à son départ, l’avant et l’après devenant le hors-champ du récit.

Et de créer ce lieu isolé, en pleine montagne, consacré à la prière, avec ses propres règles et son propre temps, hors des contingences du monde.

Les rapports entre les jeunes pensionnaires sont très forts : on est entre la camaraderie, la fraternité, voire parfois la relation filiale…

C’est probablement le vrai sujet du film, en tout cas celui qui me touche le plus : la reconstruction du lien.

Les individus arrivent dans une solitude absolue, une grande détresse affective. Ce qu’ils apprennent au-delà de la prière, ce sont les règles, le partage, la vie en communauté. Et c’est probablement ce qui les sauve.

L’amitié est d’ailleurs l’un des trois préceptes de la communauté, énoncés dès qu’ils arrivent, avec le travail et la prière.

Et ce qui est encore plus étonnant dans ce lien, c’est que les garçons viennent de tous horizons et de toutes sortes de pays.

Je tenais à ce qu’on retrouve dans le film ce côté melting-pot : le brassage des milieux sociaux et des diverses nationalités, des enfants de bonne famille comme des gamins de la rue, des Espagnols comme des Américains… Tous unis par les épreuves et dans la prière.

D’ailleurs, vous montrez une grande diversité de parcours par rapport à la religion…

Quand ils arrivent, certains sont très loin de la religion, voire totalement récalcitrants. D’autres, au contraire, sont très éduqués, très croyants.

Il n’y a pas d’obligation de prier, juste de respecter le temps de la prière, qui peut être vécu comme une simple pause ou une méditation.

La religion et la vie communautaire les protègent ; ils sont coupés du monde, dans une bulle où ils se réparent de leurs blessures. Et au bout de quelque temps, ce qui devient finalement le plus inquiétant pour eux, c’est le monde du dehors, synonyme de danger et de tentation.

L’apaisement advient, mais la fragilité demeure.

Le film s’ouvre sur l’arrivée de Thomas, dont le regard perdu accroche le spectateur dès les premiers plans…

C’est devenu un regard vers le spectateur au montage. Au départ, c’était un champ-contre-champ classique et plus narratif. Il regardait le curé qui l’avait ramassé dans la rue après une overdose et convaincu de rejoindre la communauté.

Au final, on s’est dit que ce simple visage pris dans cette situation suffirait à nous accrocher à lui. J’aimais bien cette idée de commencer le film sur un simple visage, quelqu’un dont on ne saurait rien mais dont on peut ressentir toute la détresse, un loup solitaire, presque un personnage de western.

Les chants sont très présents dans le film…

Le chant et les témoignages sont les piliers de la thérapie. Dans la maison, les garçons chantent tout le temps, en chapelle, après le repas, au coin du feu…

Ils n’ont droit à aucune distraction : ni musique, ni télé, ni journaux. L’esprit ne doit jamais être oisif pour éviter de penser à la drogue.

En dehors du travail, ils prient et ils chantent…

Filmer la foi ne va pas forcément de soi. Comment avez-vous résolu cette question ?

Par le doute. Rien n’est imposé au spectateur, il a toujours la possibilité de forger sa propre conviction, même dans la scène de miracle. Je tenais à ce que tout reste rationnel…

Et que les images créent cette subjectivité, cette illusion. Les chants en chapelle, les marches dans la montagne, l’écho dans le brouillard : avec les moyens du cinéma, je pensais qu’on pouvait faire ressentir la présence, l’invisible…

Quel est votre propre rapport à la foi ?

Je me définirais comme agnostique. Je n’ai aucune certitude. Je respecte les gens qui sont croyants et, par certains aspects, je peux même les envier.

La foi est une affaire intime qui, par beaucoup d’aspects, dépasse largement le cadre des religions.

Si on y pense, tout est question de foi dans la vie, l’amour, la passion, l’engagement.

Moi par exemple, je crois en la mystique du cinéma. Une séquence réussie, c’est toujours un miracle, la conjonction un peu magique des éléments.

Le personnage de Sybille est décisif et complexe : c’est elle qui le convainc de poursuivre l’expérience mais c’est aussi elle qui le fera douter de son envie de devenir prêtre…

C’est le personnage le plus fictionnel du film, et le contrepoint nécessaire, probablement celui qui nous représente le plus. Elle est le monde du dehors à elle toute seule.

Et le monde du dehors pour les compagnons, c’est une obsession ; l’envie de retourner à la vie normale se mêle à la crainte de la rechute.

Sybille a une parole très libre par rapport à la communauté, tout en étant capable de le convaincre d’y retourner. Et demeure une ambiguïté qui court tout au long du film : est-ce que Thomas y retourne par conviction ou dans l’espoir de la revoir ?

Avec son visage enfantin, Anthony Bajon est une vraie révélation, dans un premier rôle qui exigeait une intensité physique et psychologique. Comment l’avez-vous trouvé ?

Je cherchais un garçon avec beaucoup de présence, d’intensité, de violence, mais aussi une forme de candeur, un lien fort à l’enfance. Et qui soit assez indéfinissable socialement.

Un acteur capable d’habiter les creux du récit. Autant dire beaucoup de qualités pour un jeune comédien. Et pour moi, Anthony avait tout ça.

Comment avez-vous choisi les autres comédiens du film ?

Dès le début, ce qui était très clair pour Sylvie Pialat, la productrice, et moi, c’est qu’il ne fallait pas de visages trop connus, trop identifiés.

Et Sylvie m’a souvent rappelé à cette promesse de départ. Le premier test que je faisais passer aux acteurs, c’était de leur demander de faire une prière. C’était un peu particulier comme casting !

D’ailleurs, ceux qui la réussissaient le mieux n’étaient pas forcément les plus croyants, mais les meilleurs acteurs.

On a travaillé la distribution sans hiérarchiser les rôles, avec l’obsession de créer un groupe homogène, crédible, habité. On cherchait une intensité et une limpidité dans le jeu.

Il fallait aussi qu’en regardant simplement les visages, on puisse se raconter pour chacun une histoire, les épreuves traversées.

L’exception parmi ces comédiens peu connus étant bien sûr Hanna Schygulla dans le rôle de la Soeur…

Oui absolument, c’est une exception assumée. On trouvait intéressant que ce personnage très symbolique soit incarné par une actrice mythique.

Au-delà de sa notoriété, elle dégage une aura naturelle, un mélange d’autorité et de douceur qui sert complètement le personnage.

Et le fait que ce soit une actrice étrangère apportait une dimension supplémentaire.

La prière et les chants ont-ils demandé un travail particulier avec les acteurs ?

Oui, beaucoup d’apprentissage et pas mal de répétitions en amont du tournage. Tous les chants et les moments de guitare devaient être interprétés par les acteurs du film.

Pour moi, c’était inconcevable de tricher avec ça, il fallait que la ferveur vienne de l’intérieur, en assumant les imperfections, et ça a été au coeur de leur travail.

Comme dans votre précédent film, Vie sauvage, la nature occupe une place essentielle. Et pour la filmer, vous avez de nouveau fait appel au chef-opérateur Yves Cape.

On a prolongé notre collaboration et on l’a même affinée. Vie sauvage a été tourné à deux caméras, avec le minimum de lumières, dans un esprit de liberté, en privilégiant le mouvement, la fluidité.

Ici, on a très vite ressenti le besoin de se poser, d’intérioriser le sentiment des personnages. La caméra ne devait pas bouger de son pied.

C’est devenu plus un travail de précision, avec l’importance de bien se placer et de laisser le temps s’installer.

On a prolongé cet exercice avec Laure Gardette, la monteuse du film, en essayant de monter le film avec le moins de plans possibles, dans une économie d’effets.

Dans les deux cas, l’exercice a nécessité de la rigueur et de l’obstination et à ce titre, ils ont été deux partenaires très précieux.

Comment avez-vous trouvé l’endroit dans lequel vous avez tourné ?

Je voulais de la montagne, du paysage, un sentiment d’isolement, mais aussi d’espace, d’éternité. On a cherché dans les Pyrénées, dans les Alpes.

Et on est arrivé dans le Trièves, en Isère, un plateau large entouré de montagnes à 360°.

Un lieu magique, préservé, mélange de beauté et de rudesse. L’endroit idéal pour raconter cette histoire.

Ce paysage est devenu un personnage du film à part entière.