Dialoguer sur nos valeurs d’humanité

édito de Marc LarchetDepuis le 18 janvier, l’État français a ouvert un vaste processus de consultation citoyenne en demandant au Comité consultatif national d’éthique (CCNE) d’organiser les États généraux de la bioéthique.

La dernière  loi sur la bioéthique date de 2011, elle prévoyait l’ouverture d’une nouvelle réflexion sept ans après. Nous y sommes et le dialogue est ouvert tous azimuts jusqu’en juillet pour préparer ensuite un nouveau cadre législatif pour début 2019.

« Ce débat n’a pas vocation à être un débat d’experts : il est aussi le vôtre. Et parce que chaque pensée est singulière, je vous invite toutes et tous à participer à ce moment essentiel de notre démocratie. » précise le Professeur Delfraissy, président du CCNE.

Si l’on en croit la réussite du Forum de bioéthique qui s’est tenu début février à Strasbourg, plus de 10 000 participants venus débattre avec une centaine d’experts, le sujet passionne.

Je devrais dire les sujets, puisque les États généraux abordent neuf thèmes, certains issus des progrès technologiques et scientifiques récents (développement embryonnaire, reproduction, cellules souches, génétique et génomique, dons et transplantations d’organes, intelligence artificielle et robotisation, neurosciences, santé et environnement), d’autres issus de nouvelles demandes sociétales, procréation médicalement assistée (PMA), gestation pour autrui (GPA), fin de vie et euthanasie.

Le CCNE a mis en place un site qui permet de s’informer sur ces thèmes et d’exprimer sa propre opinion.

L’Église catholique veut largement s’impliquer dans ce processus de consultation en permettant à tous les catholiques qui le désirent de débattre entre eux sur ces questions sensibles.

Notre archevêque a demandé aux services, aux mouvements mais aussi aux paroisses de lancer la réflexion, d’apporter leur contribution en organisant des conférences-débats, en proposant des formations.

La dynamique mise en place vous invite à prendre la parole durant le printemps.

En juin, notre dossier de Carrefours d’Alsace sera consacré à ces questions pour aider à y voir clair, contribuer à poser les bases de la réflexion et apporter un éclairage sur une vision cohérente de la personne humaine et de son unité.

Le débat est souvent craint en Église de peur de rompre la communion et l’unité ecclésiale. Dépassons cela pour montrer notre capacité à écouter des avis différents, à poser une parole qui ait du sens, à construire notre communauté fraternelle dans le dialogue respectueux.

Nous ne pouvons plus tenir de discours normatifs imposés à tous mais nous avons à construire une vision commune de l’homme prenant en compte l’évolution des techniques et des pratiques sociétales.

Je voudrais nous inviter à deux points d’attention.

Le premier naît de la revendication d’un droit à l’enfant.

S’il est sans doute concevable qu’une femme, ayant un désir d’enfant avec la volonté de l’aimer et de l’élever, utilise les progrès de la science pour arriver à son but, peut-on pour autant admettre que ce désir se traduise par un droit, en l’occurrence à l’enfant.

Or, on ne peut jamais avoir un droit à quelqu’un. Et surtout, il est nécessaire de s’inquiéter de ce que cela induit, désir d’avoir un enfant « normal », répondant aux critères attendus par l’adulte.

Qu’en est-il alors de ce qui fait notre humanité : la vie est un don ?

Le deuxième point concerne le désir d’avoir un enfant mais l’embryon sera porté par une femme qui « louera » son ventre pendant neuf mois, accouchera et remettra le nouveau-né immédiatement aux parents avec lesquels elle a contracté moyennant rétribution.

L’enfant devient réalité de marchandisation, quelle humanité construisons-nous sur cette base ?

Les débats sont ouverts, ils appellent au dialogue respectueux, tout en osant une parole qui invite à penser un nouvel humanisme où le vulnérable, le singulier et l’irréductible ont leur place.

Marc Larchet