Ils sont mes frères

édito de Marc LarchetEmmanuel Macron, président de la République, l’a rappelé lors de ses vœux de nouvelle année :

« En 2018, chaque Français(e) doit avoir un toit. Il n’est pas acceptable que certains d’entre nous dorment dans la rue. »

Cet objectif n’est pas nouveau.

Gouvernement après gouvernement, la promesse de faire disparaître la grande pauvreté et le scandale de l’exclusion qui amène des milliers de personnes à vivre dans la rue, faute de moyens pour se loger, est engagée.

Mais les efforts, réels, ne suffisent manifestement pas. Encore plus de 500 personnes meurent dans la rue chaque année en France.

Les raisons qui amènent une personne à devoir vivre dans la rue sont multiples : perte d’emploi, associée à la séparation familiale, aux fragilités de santé, à des addictions diverses, et aussi parfois le désir d’une liberté qui s’avère vite très contraignante.

Car la rue est un monde dur. Une réalité qui isole. Soyons justes avec nous-mêmes : combien de fois nous détournons le regard, voire changeons de trottoir pour ne pas affronter le malaise dans lequel nous met celui qui est assis à terre, à mendier notre générosité.

Avec la question qui nous taraude : pourquoi est-il là ? Et pourquoi ne lui ai-je pas donné une pièce, ou au moins un bonjour ou un sourire ?

Nous voudrions savoir mais nous n’osons pas rencontrer. Il faut dire qu’il est sale, qu’il sent mauvais, qu’il nous fait peur. Il est ce pauvre qui nous dérange et qui crée notre mauvaise conscience, à titre individuel comme à titre collectif.

Est-ce que nous mesurons ce que veut dire vivre dans la rue ? Tout ce qui fait le quotidien de nos vies, retrouver un peu de chaleur, se laver, aller aux toilettes, manger, se soigner devient un combat minute après minute.

Sans faire dans le mauvais goût, posons-nous seulement la question : quand j’ai besoin d’aller aux toilettes, où puis-je aller ? Les sanisettes d’aujourd’hui sont payantes, les toilettes des bars me sont interdites, sonner chez un particulier serait mal venu ! Et alors ?

Notre dossier donne la parole à ceux que l’on appelle les gens de la rue ou les SDF (sans domicile fixe), mais aussi à ceux qui vont à leur rencontre au sein de l’aumônerie de rue ou des associations caritatives.

Car heureusement, de nombreuses initiatives existent pour leur porter au moins un temps secours. Leur différence ne peut nous faire oublier leur humanité, et la nécessaire solidarité à construire pour les reconnaître dans leur dignité.

Le 10 décembre prochain, le monde célèbrera le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par les 58 États qui constituaient alors l’Assemblée Générale des Nations-Unies.

Cette signature avait lieu à Paris au Palais de Chaillot. Ce document fondateur, traduit dans plus de 500 langues différentes, continue d’être, pour chacun d’entre nous, une source d’inspiration pour promouvoir l’exercice universel des droits de l’homme.

Il est stipulé en son article 25 :

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Malgré les nombreuses actions menées tant par l’État que par le secteur associatif, les exclus du système augmentent.

Cela n’est pas acceptable, à nous aussi d’agir !