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La confession : un film touché par la Grâce

Sortie en salle le 8 mars 2017

Synopsis

Sous l’Occupation allemande, dans une petite ville française, l’arrivée d’un nouveau prêtre suscite l’intérêt de toutes les femmes…

Barny, jeune femme communiste et athée, ne saurait cependant être plus indifférente. Poussée par la curiosité, la jeune sceptique se rend à l’église dans le but de défier cet abbé : Léon Morin.

Habituellement si sûre d’elle, Barny va pourtant être déstabilisée par ce jeune prêtre, aussi séduisant qu’intelligent. Intriguée, elle se prend au jeu de leurs échanges, au point de remettre en question ses certitudes les plus profondes.

Barny ne succomberait-elle pas au charme du jeune prêtre ?

La figure de Léon Morin, prêtre pasteur par le père Pascal Ide

Mon propos se centrera sur la seule attitude pastorale du jeune prêtre. Il écarte donc l’analyse (qui serait passionnante) du cheminement suivi par Barny (Marine Vatch a reçu le prix d’interprétation féminine du 25e Festival de Sarlat). Pour analyser le comportement de Léon Morin, reprenons la grille proposée par le pape François dans le chapitre 8 désormais fameux de son Exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille du 19 mars 2016 (désormais abrégée AL). Elle se résume en trois verbes riches de toute une espérance pastorale : « accompagner », « discerner », « intégrer ».

1. Accompagner

Tout montre que le père Morin cherche d’abord à accompagner Barny de la manière la plus proportionnée, appliquant ce que Jean-Paul II a appelé « loi de gradualité » (cf. Familiaris consortio, n. 34), et que François reprend avec bonheur (AL, n. 293, 295, 300).

En effet, la gradualité consiste à partir d’où en est la personne pour la conduire où elle est appelée à aller. De fait, le nouveau curé part des questions de la jeune femme, y répond sans biaiser ; plus encore, il accepte le ton provocateur, sans s’en offusquer.

Dans cet accompagnement continu tout en douceur, Léon Morin use des ressources du temps et même des lieux. Il cherche d’abord à garder le contact avec cette paroissienne pas comme les autres. Pour cela, il multiplie ingénieusement les médiations, tout en respectant sa liberté : il lui propose d’abord de venir chercher un livre, puis d’en parler, ensuite de dialoguer sur différents sujets ; il demande aussi à Barny de l’aider pour préparer la messe de funérailles pour les dix Français tués par les allemands.

Même si « le temps est supérieur à l’espace » (Pape FRANÇOIS, Evangelii Gaudium. Exhortation Apostolique post-synodale sur l’annonce  de l’Évangile dans le monde actuel, 24 novembre 2013, n. 222-225), le père Morin mobilise les lieux dans sa visée pastorale. Avec une grande disponibilité, il laisse la porte de son  presbytère ouverte et n’est pas offusqué par les deux intrusions, initiale et finale, de Barny. Avec une flexibilité aussi remarquable que sa liberté à l’égard du qu’en dira-t-on, il consent à changer de lieu et, le couvre-feu s’installant, à rencontrer la jeune femme chez elle.

2. Discerner

Le cheminement pas à pas n’empêche pas la visée du terme, donc le discernement, mais au contraire, l’appelle. C’est ainsi qu’il ne cesse de proposer la lumière de l’Évangile. Dès leur première
rencontre, le père Morin réussit le tour de force de transformer ce que Barny ne voulait être qu’un débat en une mise en lumière de sa vie et donc un aveu de ses zones d’ombre.

Il continuera au presbytère. Il fait alors preuve d’un rare discernement : alors qu’il conseille aux autres jeunes femmes, habituées de l’Église, des ouvrages inattendus comme l’Idiot de Dostoïveski, allant jusqu’à proposer un manuel sur le bouddhisme, il prête à la jeune femme le coeur palpitant de la Révélation, les quatre Évangiles : « Ça vous rendra moins mélancolique ». Un seul souci dicte son choix : le besoin spirituel de la personne.

Accueillir la vérité, c’est aussi « sauver la proposition d’autrui » (saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n. 22), autrement dit accueillir la vérité « jusqu’à la frontière de l’erreur » (Yves-Marie Congar). Aussi l’abbé Morin étonne-t-il la communiste militante en lui disant avoir lu Marx (« Pas tout. Sa langue est difficile »). Aussi dit-il sans fard qu’il apprend d’elle, voire qu’il pourrait se  convertir à ses convictions : « C’est peut-être vous qui me ferez changer d’avis ». Aussi ne se dérobe t- il pas aux questions personnelles, par exemple sur sa vocation.

3. Intégrer

Entrer par la porte de la personne ne signifie pas sortir par la sienne ; sauver la proposition d’autrui ne signifie pas l’identifier à la vérité. Jamais le jeune curé ne perd son objectif ultime : l’intégration de la jeune femme dans l’Église, c’est-à-dire le corps du Christ. Il le rappelle opportunément : s’il a choisi le sacerdoce, c’est pour « sauver les âmes ».

Par sa manière d’aller aux  frontières, de prendre soin des plus fragiles, il anticipe l’image du pape François pour qui « la mission de l’Église ressemble à celle d’un hôpital de campagne » (AL, n. 292). Aussi, dès la première rencontre, affirme-t-il : « Vous êtes orgueilleuse » et lui demande-t-il de faire une prière « à plus grand que vous », à genoux.

Toutefois, l’abbé Morin sait que sa mission est de faire connaître et  nullement de faire croire, selon la belle distinction opérée par sainte Bernadette et dont le père Morin reprend l’esprit sans la lettre : la conversion, « c’est entre vous et Dieu ».

Le pasteur a-t-il conduit la brebis jusqu’au bercail ? « Elle est plus proche de Dieu que beaucoup de mes paroissiennes ». Mais la jeune femme en doute : elle ne sait si elle suit le Christ par  amour de Léon Morin ou le père Morin par amour du Christ. Le spectateur attentif a plus de recul : cette passionaria rebelle qui se refuse à tout compromis au point d’en perdre tout humour  n’aurait pas fermé les yeux de ses voisins collaborateurs et lâches si elle ne leur avait pardonné de l’avoir abandonné à la tentative de viol initiée par le soldat allemand.

Et Barny sentant sa mort  approcher n’aurait pas demandé à un prêtre de venir pour lui conter « par loyauté » son grand secret, si cet amour ne l’avait heureusement nourrie chaque jour de sa vie et, plus mystérieusement,  i elle n’achevait ainsi la confession qu’elle initia le jour où elle rencontra le père Morin.

Au chevet de cette femme qui a un jour dit, comme un défi, « Je crois en la fidélité absolue   et dont, maintenant, le visage apaisé est prière, le père Sébastien a vu juste qui joint dans une oraison sa double aspiration : « Accueille Barny, qu’elle découvre qu’en cheminant avec le  père Morin, c’est ton amour éternel qu’elle cherchait ».

Loin d’être une recette, cette triple attitude pastorale – accompagner, discerner, intégrer – est animée par la charité (cf. AL, chap. 5). De fait, le père Morin exerce les différents actes de l’amour égrenés par saint Paul dans un chapitre fameux de la première épître aux Corinthiens (1 Co 13,4-7) – chapitre que lui-même proclamera avec conviction lors de l’homélie de funérailles qui va  décider du bouleversement de Barny.

Il en pratique notamment les deux premiers actes qui en sont comme la synthèse : la patience (admirable constance pour laquelle, lors du dernier adieu, la jeune femme lui dira toute sa gratitude : « Merci de tout le temps que vous m’avez accordé ») et la serviabilité (constante générosité par laquelle il se dévoue, « même avec les collabos », sans  compter, sans exclure et « sans juger »).

Si le père Morin pratique sans défaillance l’amour du prochain, en revanche, et c’est une première question, on ne le voit jamais vivre de l’amour de Dieu qui en est la source, que ce soit par la  prière liturgique, l’oraison personnelle, la méditation de l’Écriture sainte ou la célébration de la messe.

Par ailleurs, cette âme théologale ne va pas elle-même sans la médiation d’une autre vertu  qui est l’âme, elle, de la vie morale : la prudence, dont François rappelle l’importance : « La prudence, le jugement sain et le bon sens ne dépendent pas de facteurs purement quantitatifs de  croissance, mais de toute une chaîne d’éléments qui se synthétisent dans la personne ; pour être plus précis, au coeur de sa liberté » (AL, n. 262. Cf. n. 280 et 295).

Or, et ce sera notre deuxième  question, l’on est aussi en droit de s’interroger sur l’irréflexion du père Morin : assurément, son intention est droite et son attachement au Christ sans faille ; assurément, ses paroles et  ses gestes sont dénuées d’ambiguïté, son sourire de volonté de séduire ; assurément, sa réaction est juste qui met aussitôt de la distance et invite sa paroissienne à la contrition de ce qui est formellement adultère (la rêverie qui a précédé montre clairement son intention).

Mais comment le curé a-t-il pu si longtemps ignorer le sens de ces regards aussi intenses, la symbolique du drap soigneusement lissé, l’impact de ces rencontres multipliées, parfois à des heures tardives, le trouble qu’engendre une proximité physique aussi grande, même lorsqu’elle est dénuée de tout geste ?

Oui, Léon Morin a raison de noter, même si c’est malheureusement trop tard, que les torts sont partagés (ce qui ne veut pas dire égaux) dans la naissance de cet amour : « Ce n’est pas  entièrement de votre faute. Je suis allé trop loin ».

Le roman Léon Morin, Prêtre de Béatrix Beck, prix Goncourt 1952, en est à sa troisième adaptation à l’écran, après celle de Jean-Pierre Melville, en 1961, avec Jean-Paul Belmondo et  Emmanuelle Riva et celle de Pierre Boutron, en 1991, avec Robin Renucci et Nicole Garcia. La confession est aussi libre à l’égard du roman qu’à l’égard des deux autres transcriptions cinématographiques. Mais il en a – heureusement – respecté l’esprit.

Qu’il est bon de voir un film qui ne se complaît pas à montrer un prêtre qui chute, tout en étant bien dans sa peau ! Contrairement à ce que les sirènes médiatiques peuvent dire, la grande majorité des prêtres français est, Dieu merci !, fidèle à son engagement au célibat et heureux de ce don total au Christ. Pour autant, ce prêtre qui est heureux et qui rend heureux n’est pas un superman, mode Don Camillo, croisant la mystique de Fernandel avec le charme de Terence Hill.

Espérons, voire gageons, que le zèle missionnaire de Léon Morin, plus encore que son imprudence, seront l’occasion d’échanges féconds chez les prêtres, les séminaristes et les fidèles.

L'intention du réalisateur

entretien avec Nicolas Boukhrief

« La Confession » est librement adapté de « Léon Morin prêtre », de Béatrix Beck. Même 56 ans après sa sortie, ne craigniez-vous pas la comparaison avec le film de Melville…

« La Confession » n’est en aucune façon un remake. Nous n’avons d’ailleurs pas acheté les droits du film, mais seulement ceux du livre. Qui songerait d’ailleurs à parler d’un remake de « Madame Bovary » ou des « Misérables » quand un cinéaste s’attaque à l’oeuvre de Flaubert ou à celle de Hugo ?… Avec le temps, bien qu’il ait été prix Goncourt en 1952 et un authentique best-seller, le livre de Beck a quelque peu été occulté par le classique de Melville et c’est dommage car c’est un très beau roman, profond, émouvant et au questionnement très actuel. Il a d’ailleurs déjà donné lieu à une autre adaptation de Pierre Boutron pour la télévision, en 1991, avec Nicole Garcia et Robin Renucci dans les rôles principaux. Un scénario signé Emmanuel Carrère d’ailleurs, précisément à l’époque où se situe la première partie de son « Royaume ».

Qu’est-ce qui vous touchait particulièrement dans ce roman ?

Le dialogue entre ce prêtre et cette jeune communiste, tous les deux d’une sincérité absolue dans leur foi et leur ouverture. Je trouvais qu’il y avait dans la rencontre de ces deux personnages la matière idéale d’un grand mélodrame : une période historique tourmentée, deux êtres que tout oppose, et une histoire d’amour à priori inconcevable… La confrontation de ce religieux avec cette non-croyante permet de poser la question de ce qu’est l’Amour. Au delà du roman de Beck dont c’est la matière même, tous les grands mélos posent cette question. Et à partir du moment où elle échappe aux critères amoureux classiques, l’histoire d’amour entre ces deux personnages, a priori impossible, devient possible, sinon éternelle…

Après « Made in France », l’an dernier, vous abordez à nouveau le thème de la religion.

C’est une pure coïncidence. Je ne me suis pas dit soudain : « Tiens, je vais écrire des films sur la religion », même s’il se trouve, hasard à nouveau, que je termine actuellement un autre film sur la question de la spiritualité pour Arte- « Un ciel radieux », d’après Jiro Taniguchi, un manga d’inspiration shintoïste. Je savais que « Made in France » était un sujet complexe qui n’aboutirait  peut-être jamais. J’ai pensé qu’il était préférable de mettre un autre film en chantier pour ne pas courir le risque de passer trois ans sans tourner. Et il se trouve qu’un producteur s’intéressait enfin à « Léon Morin prêtre ». J’ai donc écrit les deux scénarios en même temps et tourné les deux films à la suite. Malgré tout, j’ai cinquante-trois ans et il est probable que ce genre de sujets me préoccupe davantage que lorsque j’en avais trente. Se projeter dans la peau d’un jeune Musulman ou dans celle d’un jeune prêtre pendant la guerre oblige à croire à 2000% à son sujet et à ce qu’il véhicule. Et probablement à livrer davantage de soi-même.

Vous avez pris énormément de liberté par rapport au livre …

Oui : « La Confession » n’est absolument pas une adaptation littérale mais bien écrite d’après le livre de Béatrix Beck. Elle l’a rédigé quelques années après la guerre, à une époque où les Français avaient encore une mémoire très fraîche de ces événements et étaient, dans leur grande majorité, catholiques pratiquants, ou en tous cas, très au fait de cette religion. Il aurait été impossible de reprendre certains passages sans courir le risque d’être incompris des spectateurs. Un exemple : dans le roman, le livre que Léon Morin prête à Barny est un exemplaire de « Vie de Jésus », d’Ernest Renan, une biographie du Christ que les catholiques dévoraient alors comme un best-seller. Les deux personnages le commentent ensuite très précisément. Mais qui connait encore cet ouvrage aujourd’hui, surtout dans les nouvelles générations ?

Il fallait absolument repenser et traduire certains éléments, puiser dans certaines des anecdotes dont fourmille le livre, en laisser d’autres de côté, synthétiser certains personnages…Autant de petits détails qui n’ont l’air de rien mais qui font que le film devient vraiment une libre adaptation.

C’est la première fois qu’un de vos longs métrages se situe dans une période historique.

Et c’est un énorme avantage parce qu’à n’importe quel moment, on peut se servir de ce contexte pour bousculer son récit. L’époque étant complexe, les personnages ont le droit de l’être aussi. Cela se traduit de manière très concrète : Est-on ou non résistant ? S’autorise-t-on à parler avec des Allemands ? Et cela me permet de dire aux actrices du bureau de poste : « Toi, tu as le ventre plein parce que tu couches avec un soldat allemand ; toi, tu ne manges pas… ». Et de donner des directives très réalistes sur leur manière de jouer. C’est beaucoup plus difficile de rendre cette complexité, disons plus « brutale », dans un sujet contemporain.

Parlez-nous de l’écriture …

Impossible de retranscrire tels quels des dialogues entiers du livre. Je devais adapter avec ma propre dialectique une conversation entamée par l’auteur et ce prêtre il y a plus de cinquante ans, et réussir à prolonger leur échange. Dans « Léon Morin prêtre », on est au coeur de quelque chose qui nous touche tous : croire ou ne pas croire ? Cela ouvre des pages et des pages de dialogues. Comment définir le diable si je dois me mettre dans la peau d’un prêtre à l’esprit très ouvert ; le mal si je suis dans celle d’une communiste ? Ma première version du scénario faisait deux-cent-soixante-dix pages.

À travers le dialogue de Barny et du prêtre, ce sont deux rhétoriques qui s’opposent. Ne craigniez-vous pas de vous égarer – et le spectateur avec vous dans des considérations trop abstraites ?

Je m’étais fixé quelques règles : n’écrire que des choses que tout le monde puisse comprendre spontanément et faire en sorte que le scénario ne soit jamais théorique. Il n’y a pas une phrase de ce film que je ne ressens pas. Une fois la version longue posée, je n’ai pas cessé de la resserrer jusqu’à aboutir à un texte digeste, contemporain et, surtout, débarrassé, de références qui  risquaient d’exclure les spectateurs-les jeunes générations notamment.

Mais le dernier mot, je le savais, devait revenir aux comédiens : comment parviendraient ils à dire le texte ? Réussiraient-ils à le ressentir eux aussi ? En leur passant le relais, puis au montage, une fois le tournage terminé, nous n’avons pas cessé d’élaguer encore des dialogues. Cela été un travail permanent et très vivant avec, constamment à l’esprit, cette préoccupation essentielle : tout faire pour ne pas être verbeux.

Comment avez-vous travaillé avec Romain Duris et Marine Vacth ?

De manière très fluide. Nous nous sommes peu parlés, nous n’en n’avions pas besoin. Sur le plateau, dès la première prise, ils ont trouvé une harmonie de jeu immédiate, instinctive et absolue. C’était comme filmer deux danseurs ou deux patineurs artistiques. Ils avaient tout : le tempo, une écoute mutuelle, l’envie de jouer ensemble, de raconter cette histoire et ces personnages. Je n’ai jamais connu un tel état de grâce sauf, sur le tournage du « Convoyeur », avec Albert Dupontel et Jean Dujardin. Ce que je filmais échappait à mes prévisions les plus optimistes, comme si la caméra n’était plus que le réceptacle de quelque chose qui se déroulait devant nous, jour après jour.

Le personnage de Léon Morin est incroyablement moderne.

Pour moi, il préfigure ce que seront les prêtres ouvriers dix ans plus tard. Il fallait être sacrément gonflé à l’époque pour proposer aux femmes de cette petite ville de passer au presbytère lui emprunter des bouquins. Je ne pense pas que beaucoup de prêtres aient fait cela et dans un esprit aussi peu intéressé. Il savait manifestement s’affranchir de certaines règles.

L’humour est constamment présent dans le film.

Parce que la spiritualité rend joyeux. La vraie croyance, l’humanisme, rend heureux. Regardez les moines bouddhistes !… C’est le doute qui rend sombre.

Le célibat des prêtres en question

débat entre Lili sans-gêne et Jean Mercier

La légitimité et l’utilité du célibat des prêtres sont des questions qui reviennent souvent dans le roman de Béatrice Beck (Léon Morin, prêtre) et dans son adaptation cinématographique de Nicolas Boukhrief (même si ce dernier assure n’avoir pas voulu que son film tourne autour de cette question – voir encadré). La sortie de LA CONFESSION sur les écrans est une belle occasion de  refaire le point sur cette discipline de l’Eglise catholique.

Avec l’aimable autorisation du mensuel L’1visible, nous reprenons ci-dessous le débat entre Lili Sans-Gêne et Jean Mercier

Jésus n’a jamais demandé à ses apôtres d’être célibataires. D’ailleurs dans les premiers siècles de l’Église, il paraît que les prêtres étaient mariés !

Jean Mercier. Jésus a imposé à ses apôtres son style de vie, fait d’itinérance et de précarité, qui s’accordait à son célibat. Il a aussi affirmé que certains hommes pouvaient choisir de se faire « eunuques » pour le Royaume de Dieu, même si ses contemporains l’ont trouvé scandaleux, car il était mal vu de ne pas se marier dans la culture juive. Ensuite, saint Paul a sillonné tout le bassin méditerranéen en imposant un modèle très clair : l’apôtre célibataire. Durant le premier millénaire, on a effectivement ordonné des hommes mariés, mais l’Église exigeait d’eux qu’ils n’aient plus de relations conjugales avec leur femme. Et ce n’était pas si facile à vivre… Aujourd’hui, l’Église latine n’ordonne des hommes mariés que sous forme dérogatoire, pour d’anciens pasteurs protestants ou anglicans devenus catholiques, qui sont environ 400 dans le monde. Et elle permet aussi qu’il y ait des prêtres mariés dans ses Églises orientales, régies par une autre culture.

Il est cruel qu’un prêtre, s’il tombe amoureux, ne puisse pas se marier. Jésus n’aurait jamais voulu une telle dureté ! Jean Mercier. Jamais, depuis 2 000 ans, l’Église catholique n’a permis que les prêtres célibataires puissent se marier après leur ordination. Elle leur demande de rester fidèles à la promesse solennelle qu’ils ont faite en toute liberté. Imaginez que les prêtres célibataires aient le droit de convoler en justes noces. Cela veut dire qu’ils seraient des coeurs à prendre : les gens se demanderaient en permanence avec laquelle des paroissiennes le curé va se marier… C’est humain ! Mais ce serait insupportable pour le prêtre. Dans sa sagesse, l’Église a décidé qu’on ne change pas d’état de vie après l’ordination.

J’ai lu que c’est au XIIe siècle que la règle du célibat s’est réellement imposée :ça prouve bien que c’est une invention de l’Église, pas une volonté du Christ.

Jean Mercier. En effet, l’habitude d’ordonner des hommes mariés avait conduit, au fil des siècles, à ce qu’on transforme en prêtres des laïcs puissants ou riches, mais qui n’avaient pas du tout la vocation de prêtre… Le pouvoir spirituel était ainsi asservi au pouvoir temporel. En réaction, auXIe siècle, les papes ont voulu purifier le sacerdoce et revenir à des prêtres vraiment consacrés à  Dieu. Ce n’est qu’au XIIe qu’on a formalisé l’interdiction d’un clergé marié, lors du deuxième concile du Latran (1139).

Je trouve inhumain d’obliger un homme à rester célibataire toute sa vie. On ne peut pas lutter toute une vie contre ses pulsions.

Jean Mercier. Si l’homme ne peut rester sans dormir, boire et manger, il peut tout de même vivre sans exercer ses pulsions génitales. C’est le propre de l’homme de pouvoir les maîtriser, ce qui le différencie des animaux, effectivement soumis à leurs pulsions. Et Dieu donne à certains cette possibilité. Ce qui n’empêche pas les prêtres d’avoir une vie affective gratifiante, en particulier par  ’amitié et la paternité spirituelle. Le célibat, quand il est bien vécu, libère les prêtres pour une plus grande disponibilité et une imitation radicale de Jésus, qui a donné sa vie jusqu’à l’extrême.  Cela leur permet d’aimer « autrement » que dans une vie d’époux et de père de famille. Mais l’Église n’a jamais dit que c’était donné à tout le monde… C’est un cadeau que Jésus fait à certains : une « grâce ». C’est un grand mystère.

Les prêtres seraient aussi bons s’ils étaient mariés. Le célibat les prive de beaucoup de choses qui enrichiraient leur ministère.

Jean Mercier. L’Église compte de très nombreux prêtres mariés en Orient, et quelques centaines en Occident. Leur expérience prouve qu’il n’est pas évident de concilier ministère et vie familiale. Cela crée des conflits, parfois insolubles. Par ailleurs, on dit parfois qu’un prêtre marié saurait mieux aider les gens mariés. Peut être… Mais il pourrait aussi « plaquer » sur eux son expérience du mariage, ce qui ne les aidera pas forcément…

Vous vous plaignez de manquer de prêtres ! Mais pourquoi l’Église n’accepterait-elle pas au séminaire aussi bien des célibataires que des hommes mariés ? Comme ça, les prêtres auraient le choix !

Jean Mercier. Former deux types de prêtres est loin d’être facile, car cela impliquerait une sorte de prêtrise à deux niveaux, ce qui est déjà un casse-tête dans les Églises orientales. Et aussi bien pour les catholiques que les non-catholiques, ce serait un sacré brouillage de l’identité du prêtre. Ce n’est pas ça qui remplirait les séminaires ! Au fond des têtes de nos contemporains, le célibat joue un rôle symbolique puissant : il structure à nos yeux l’identité de l’Église catholique, même si on ne s’en rend pas compte.

Après tous les scandales de pédophilie dans l’Église, je pense qu’il faut arrêter avec cette histoire de célibat. Sans parler de pédophilie, il est évident que les prêtres, étant célibataires, sont beaucoup plus fragiles devant la tentation.

Jean Mercier. Les experts sont formels : il n’y a pas de lien scientifiquement établi entre pédophilie et célibat. La plupart des pédophiles sont des hommes mariés. La pédophilie est une maladie, une immaturité psychique. Quant à la « tentation », on sait bien que les gens mariés ne sont pas moins tentés de « déraper » que ceux qui ont choisi d’être célibataires « pour Dieu » : il suffit de voir les couples qui explosent à la suite d’un adultère.

De toute façon, l’Église a toujours eu un problème avec la sexualité. Donc elle veut imposer aux prêtres de ne pas avoir de relations sexuelles, juste pour être des super-bons chrétiens !

Jean Mercier. Ce genre de discours date d’un autre siècle ! Les prêtres qui choisissent le célibat ne le font pas par dégoût du sexe. On ne peut renoncer qu’à quelque chose que l’on trouve bon… La sexualité est belle, si elle est vécue selon la volonté de Dieu : c’est ce que martèle l’Église catholique ! Les prêtres renoncent à la sexualité parce que, tout en la trouvant belle, ils préfèrent vivre un autre type d’amour, radicalement différent, celui du don de soi à Dieu, et pour tous.

3 questions au Père Goulard, supérieur du séminaire Saint Sulpice

1. Qu’avez-vous pensé du film et de la figure du prêtre Léon Morin ?

D’abord, je trouve que c’est un beau film, avec de belles images, et les acteurs sont bien investis dans leur rôle.

Romain Duris dans le rôle de l’abbé Léon Morin, donne l’image d’un prêtre souriant, avenant, très relationnel et ouvert à tous. Il est en relation aussi bien avec des personnes fréquentant  régulièrement l’église, qu’avec les personnes athées. Il est aussi le prêtre pour tous, y compris auprès des soldats allemands. Ce qui dans le contexte de l’époque, ne devait pas être facile et  pouvait être mal interprété.

A travers toutes les rencontres, l’abbé Morin cherche à amener toute personne vers Dieu, quel que soit le niveau de sa foi. Pour cela, il explique le contenu de la foi, il donne les raisons qui  justifient le choix de croire. On ne sait que peu de choses sur sa vie personnelle, sur sa prière par exemple ou sur ses moments de détente et d’amitié. Un détail a retenu mon attention : son habitation est simple, voire un peu rustique. Il a quelques livres et peu d’éléments de décoration, et sa soutane semble plutôt usée. Le film nous montre un prêtre vivant simplement, avec le  nécessaire.

2. Vous êtes responsable de la formation de jeunes séminaristes qui se destinent à devenir prêtres diocésains. Pensez-vous que ce film présente un intérêt pour eux ?

Oui, j’inviterai les séminaristes à voir ce film car il est intéressant à plusieurs titres. D’abord, il nous donne un reflet indirect de la perception du prêtre aujourd’hui. Ensuite, il souligne la nécessité  de garder une distance vis-à-vis des personnes rencontrées dans le cadre du ministère. Consciemment ou inconsciemment, le prêtre ici est plutôt séducteur et très proche ! Certes, il vaut mieux  donner une image positive et attrayante de la foi ! Mais, les attitudes de l’abbé Léon Morin, montrent une trop grande proximité, y compris physiquement ! A la fin du film, il le reconnaît lui-même ; et  d’ailleurs, le spectateur comprend qu’il a fait le choix de demander sa mutation.

Enfin, il montre que le prêtre est avant tout consacré à sa mission pour laquelle il est prêt à vivre des détachements. Il l’exprime au moment où il prépare ses bagages : « je suis fait pour ça » !  C’est-à-dire que le prêtre est fait pour aller de mission en mission sans s’attacher de manière exclusive, aux personnes. La dimension missionnaire l’emporte sur les préférences.

3. Quels enseignements tirer de cette histoire selon vous ?

D’une part, est mis en relief ce sacrement de la réconciliation (ou confession). Sacrement difficile à vivre aujourd’hui et dont beaucoup, y compris des croyants fréquentent assez peu ! Mais, le  film est en fait, la mise en image du contenu de la confession de cette femme Barny, à la fin de sa vie. Ce sacrement est le seul lieu où la personne est en vérité avec elle-même et avec le Seigneur. Elle remet tout au Seigneur, par l’intermédiaire de ce prêtre, avant de s’endormir dans la mort. D’autre part, ce film questionne indirectement le célibat sacerdotal qui reste souvent une difficulté. L’abbé Morin et Barny auraient pu aller plus loin dans cette relation sentimentale. Mais, l’abbé Morin par son départ, révèle qu’il est consacré au Seigneur et qu’il est fait pour cette mission  d’être tout à tous. La confession et le célibat sacerdotal interrogent nos contemporains. Ils sont signes de la présence et de la miséricorde de Dieu qui se plaît à agir à travers des médiations humaines.