Pardonne-nous Seigneur

marc_larchetPardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Quand je me tourne vers toi, Dieu, notre Père, en t’adressant la prière que ton Fils Jésus nous a apprise, je ne peux m’empêcher de freiner le rythme de ma récitation à l’arrivée de cette demande de pardon. Comme si elle avait un aspect si particulier qu’il était d’une absolue nécessité pour prendre le temps de te confier les détresses de mon existence, mes appels à la conversion.

Ces deux phrases sont le coeur de ma quête de réconciliation avec toi, avec celui ou celle que j’ai blessé, pour qui j’ai été un obstacle dans la plénitude de la vie, mais aussi, bien sûr, avec moi-même. Qu’il est bon de se sentir pardonné par ton infinie miséricorde, mais qu’il est exigeant de tenter de repartir en te faisant confiance pour guider ma vie.

S’abandonner à toi pour être pleinement fils, pleinement Homme, pleinement Frère, se confronte sans cesse à l’affirmation d’un moi qui voudrait être Dieu. Et parce qu’il ne l’est pas, je mène des combats inutiles  qui me séparent de mon frère, de ma soeur, qui m’éloignent des solidarités humaines. La peur, la crainte me gagnent par manque de confiance, j’ignore l’Autre dans ce qui le fait être Homme. Mais sans cesse, ta miséricorde, osons le dire ton amour inconditionnel, vient me rattraper, me prendre la main, et me remettre sur la route de la vie et de l’espérance, de la rencontre et de la fraternité.

Merci Pape François de nous avoir invités, durant cette année jubilaire, à accueillir la miséricorde de Dieu, avec plus d’intensité, et à en être les témoins, certes modestes mais confiants, donc capables de  grandes oeuvres porteuses de ta création. À se sentir aimé pour aimer.

Depuis un mois, je suis sous le choc comme toute l’Église d’Alsace. Toi, Hubert, te voilà derrière les barreaux pour des fautes graves. Jour après jour, des révélations viennent renforcer mon effroi et ma révolte. La justice fait son travail, l’enquête va rendre compte du niveau de gravité de tes actes et tu seras puni comme la loi le prévoit. Mais ta condamnation n’enlèvera pas ce sentiment sourd de trahison : pendant tant d’années tu as construit la confiance, comme prêtre tu transmettais cet amour de Dieu tant attendu par beaucoup et ton action, visible et publique, rendait crédible ce que tu disais.

Et puis voilà que cette crédibilité vole en éclats, salie par des actes impensables qui ont blessé gravement des femmes et des hommes qui avaient confiance en toi. Je suis horrifié en pensant à tes victimes. Comment leur signifier un soutien et une solidarité qui soit à la hauteur du drame vécu ?

L’Église n’a pas à juger selon les termes de la loi républicaine, même si elle nous rappelle sans cesse l’exigence de la loi de Dieu. Elle a à dire, haut et fort, qu’elle porte comme impérieuse priorité la détresse des victimes. Comment les écouter dans leur vérité pour que tente de s’apaiser leur colère ? Hubert, tu restes mon ami. Si tes actes, connus à ce jour et que la Justice, après enquête, sanctionnera, m’ont profondément meurtri, j’ai le désir de ne pas t’abandonner car, j’en suis certain, tu dois être dans une profonde désolation. Je te souhaite de faire vérité avec toi-même, de trouver la vraie « liberté » de fils de Dieu  derrière les murs de l’enfermement.

Oses reconnaître ce qui est bien et ce qui est mal et intolérable. Fais monter vers Dieu tes appels au secours. Tu sais, et cela peut paraître folie, que Dieu, notre Père, t’accompagne de sa miséricorde comme il l’offre à chacun d’entre nous. Ouvrons-lui notre coeur.