les catholiques face à la crise de la république démocratique du Congo

L’association “Justice et Liberté pour la République démocratique du Congo” a adressé une lettre à Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, pour solliciter son soutien dans le combat non-violent que mène depuis plusieurs mois l’Église catholique pour que le président Kabila respecte la constitution et accepte l’organisation de nouvelles élections, sans résultats jusqu’à maintenant.

Mgr Ravel nous invite à lire cette lettre qui donne de nombreuses informations sur la situation congolaise :

Monseigneur,

« Justice et Liberté pour la ROC » est une association qui a pour objet de faire connaître et de soutenir les actions non-violentes de l’association de défense des droits de l’Homme « Génération Lettre des Treize Parlementaires » (GLTP), dont le siège est à Kinshasa en République démocratique du Congo.

Cette organisation non gouvernementale dénonce les violations des droits de l’Homme, la corruption et le non-respect de la Constitution. Elle vise à défendre les droits fondamentaux de la personne et à promouvoir la démocratie, le respect de la Constitution et l’Etat de droit en ROC.

Nous nous adressons à vous aujourd’hui car la situation en ROC est très préoccupante. Le Président Kabila se cramponne au pouvoir depuis la fin de son mandat, en violation totale de la Constitution congolaise.

Les accords initiés fin 2016 par l’Eglise catholique, accords dits de la « Saint Sylvestre », n’ont pas abouti à l’organisation de nouvelles élections à cause de l’opposition du chef de l’Etat. La colère monte dans la population. Le Comité Laïc de Coordination, proche de l’Eglise catholique, a appelé les fidèles à manifester à plusieurs reprises sous forme de marches non violentes au sortir des messes.

Celle du 31 décembre 2017 a été réprimée violemment par les services de sécurité de l’Etat et s’est soldée par plusieurs morts, des blessés et des arrestations dans différentes villes du pays. Le dimanche 21 janvier 2018, une nouvelle mobilisation a eu lieu malgré les balles et les interpellations.

Dans une centaine de paroisses de la capitale, mais aussi dans les principales villes du pays, la répression a été sanglante : au moins 6 morts, 49 blessés et une centaine d’arrestations, selon l’ONU.

Monseigneur Monsengwo, cardinal-archevêque de Kinshasa a ouvertement critiqué les dirigeants de la ROC, à l’occasion de de la Marche du 31 décembre 2017: «( .. .) il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en ROC …

Comment ferons-nous confiance à des dirigeants incapables de protéger la population, de garantir la paix, la justice, l’amour du peuple ? »

Lors d’une conférence de presse le 24 janvier 2018, il a encore déclaré: « Comment peut-on tuer des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes et vieux, scandant des cantiques religieux ? Que veut-on, au juste ? Le pouvoir pour le pouvoir ou bien le pouvoir pour le développement intégral du peuple ? Nous voulons que règne la force de la loi et non la loi de la force. »

Selon Damien Nshole, porte-parole de la Conférence Episcopale, « l’Eglise doit être présente là où la population souffre. C’est le cas en ROC. El c’est la crise socio-politique qui a accentué cette souffrance, donc c’est tout à fait normal que les évêques travaillent pour la consolida/ion de la démocratie. » (27 janvier 2018).

Le Pape François lui-même a interpellé les autorités congolaises lors de son homélie du 8 janvier 2018 : « Je demande aux autorités, aux responsables et à tous dans ce pays bienaimé qu’ils mettent en oeuvre tous Jeurs efforts pour éviter toute forme de violence et chercher des solutions en faveur du bien commun “·

Le Comité Laïc de Coordination a lancé un nouvel appel à l’action non-violente le dimanche 25 février 2018. Tout laisse craindre que la répression menée par le pouvoir ne frappe à nouveau des chrétiens manifestant pacifiquement pour la démocratie.

Aussi, nous nous permettons de vous demander d’apporter, à l’instar du Pape François, votre soutien aux évêques, aux prêtres et aux catholiques de RDC dans leur lutte si courageuse.

Une prise de position dans nos médias locaux, par exemple, et une information des fidèles dans toutes les paroisses d’Alsace, seraient assurément un fort encouragement pour ceux qui, en RDC, risquent leur vie pour défendre leurs droits fondamentaux.

Dans l’espoir que vous répondrez positivement à notre requête, veuillez agréer, Monseigneur, nos respectueuses salutations.

Pour les membres de l’association Justice et Liberté en RDC,

Le président, Raphaël Doridant