Campagne de Caritas Alsace : tous mobilisés !

La Caritas Alsace Réseau Secours Catholique lance sa campagne annuelle de fin d’année. Les 18 et 19 novembre 2017 dans toutes les paroisses un appel aux dons est proposé pour soutenir les 14 000 situations de pauvreté accompagnées par les dispositifs de Caritas, soit 34 120 personnes aidées.

Cette année ce week-end s’inscrit dans LA JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES, instaurée par le Pape François. Tous les acteurs associatifs sont invités à vivre cette journée de mobilisation et de sensibilisation sur la pauvreté.

41% des ressources de Caritas Alsace proviennent des dons qui pour 80% sont versés lors de la période de fin d’année. Plus de 15 000 Alsaciens contribuent financièrement aux multiples activités de Caritas tant dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin. Les dons ont été l’an dernier en augmentation de 6%, permettant de faire face à l’aggravation constante de la pauvreté en France.

2015 bénévoles, 263 de plus qu’en 2015, se mobilisent dans 87 équipes qui animent 58 lieux d’accueil en Alsace.

Caritas Réseau Secours catholique a choisi comme thème d’année une question provocatrice : « Qui croit encore que les démunis ont la belle vie ? » afin de lutter contre les préjugés et les contre-vérités qui circulent sur les chômeurs, les migrants, les bénéficiaires des aides. Car ces préjugés sont autant de poids chargés sur les épaules des plus démunis de notre société, en le enfermant et en les séparant des autres.

Caritas Alsace propose le vendredi 17 novembre 2017 à 20h à Air et Vie à Marmoutier un spectacle-lecture « Les Combattants » suivi d’un débat. Ce sont des bénévoles qui ont construit ce spectacle poignant à partir des témoignages des personnes en situation de précarité qu’ils accompagnent. Entrée libre avec plateau/

Témoignages

Laurent Hochart, délégué diocésain Caritas Alsace Réseau Secours catholique, explique au micro de Marc Larchet la nature de la campagne 2017.

 

Marie, en grande précarité, témoigne avec émotion de son parcours.

La pauvreté en Alsace

La campagne de fin d’année est  pour Caritas Alsace l’occasion de faire le point sur la réalité de la pauvreté en Alsace, en voici les principales données :

Pour la construction de ce rapport portant sur les rencontres de l’année 2016, 7 946 fiches statistiques ont été renseignées en Alsace et analysées.

En 2016, les 2 015 bénévoles de Caritas Alsace ont accueilli 13 648 situations de pauvreté soit plus de 34 120 personnes aidées et accompagnées parmi lesquelles plus de 8 000 enfants. Dans 83 % des cas, les personnes sont orientées vers Caritas Alsace par un travailleur social.

■ DEMANDES EXPRIMÉES

Les demandes d’écoute augmentent au fil du temps de façon générale. Ce sont les demandes les plus souvent formulées pour l’ensemble des ménages accueillis : 8 sur 10 d’entre eux.

Les ménages qui ne formulent pas de demande d’écoute sont plus souvent en emploi ou au chômage indemnisé que la moyenne, leur niveau de vie est moins faible. Les demandes d’aide à la mobilité et aux démarches administratives augmentent également fortement.

La part de personnes qui formulent une demande alimentaire s’est réduite au cours du temps, passant de 70 % en 2012 à 55 % en 2016. On peut mettre en lien cette évolution avec celle de la politique des aides du réseau Secours Catholique.

■ DÉMOGRAPHIE

Les familles monoparentales sont très présentes dans les accueils de Caritas Alsace, elles représentent trois ménages rencontrés sur dix (26% de mères isolées). 62 % des situations rencontrées concernent au moins un enfant. Au total, plus de 8 000 enfants en situation de pauvreté sont aidés par les équipes de Caritas Alsace, dont 70 % ont moins de 11 ans. 53% du budget de Caritas Alsace sont directement orientés vers les familles.

La part des étrangers rencontrés dans les accueils reste stable en 2016 à 48 % (contre 39 % dans le reste de la France). Pourtant, leur part dans la population générale est stabilisée depuis les cinq dernières années entre 6 % et 7 %. Les personnes d’origine étrangère présentes dans les accueils de Caritas Alsace vivent souvent dans des conditions de précarité extrême. 17 % d’entre elles sont en effet sans papier ou déboutées et n’ont donc aucune ressource.

UN NIVEAU DE VIE TOUJOURS TRÈS FAIBLE, UNE POLARISATION DES SITUATIONS FINANCIÈRES

Le seuil de pauvreté calculé par l’Insee est utilisé pour distinguer la population pauvre de celle qui ne l’est pas. Ce seuil correspond au niveau de ressources minimal pour atteindre un niveau de vie jugé décent. En France comme en Europe, on considère un seuil relatif, calculé d’après le niveau de vie médian dans la population totale. L’Insee calcule trois seuils : le seuil à 60 % qui est l’indicateur européen (Eurostat) ; le seuil à 50 % utilisé en France historiquement ; le seuil à 40 % qui donne le taux d’extrême pauvreté.

Plus de 9 ménages sur 10 accueillis au Secours Catholique vivent sous le seuil de pauvreté à 60 %, un taux qui est en légère baisse par rapport à 2015. Ces taux indiquent que Caritas Alsace accueille bien les populations qui se situent au plus bas de l’échelle des revenus. Toutefois, ces seuils, basés sur les seuls revenus, ne reflètent pas l’accroissement des difficultés liées notamment à l’augmentation du coût de la vie à laquelle font face les ménages les plus modestes.

Les ressources dont les personnes accueillies disposent sont directement liées à leur situation professionnelle. Pour un grand nombre de familles, les prestations sociales constituent leurs seules ressources. Entre 2015 et 2016, le niveau de vie médian de l’ensemble des ménages accueillis par les bénévoles reste stable autour de 548 € par personne et par mois, mais on assiste à une polarisation des situations financières rencontrées :

  • La proportion des ménages sans aucunes ressources a diminué de 8 points par rapport à 2015 pour atteindre 20 %, soit un ménage sur cinq en 2016. Il s’agit bien souvent des étrangers sans statut légal stable, qui n’ont pas le droit de travailler ni de bénéficier d’aides sociales.
  • Le revenu médian des ménages accueillis qui combinent travail et transferts est de 1 303€. Celui des ménages qui travaillent mais ne touchent pas de transferts est en baisse et atteint 945 € (contre 1046€).
  • La part de ménages mobilisant des sources informelles de revenu (transferts de la famille ou d’amis, mendicité, activités non formellement rémunérées) est en augmentation (+ 3 points) parmi l’ensemble des ménages accueillis par le Secours Catholique.

■ SITUATIONS PAR RAPPORT À L’EMPLOI

La moitié des personnes accueillies sont actives, contre 56 % dans la population générale. On constate toujours une part de personnes en CDI (plus de 10 %), mais ce sont des CDI qui ne permettent pas de subvenir à tous les besoins. Ainsi, on observe que dans 22% des situations, une personne est en emploi, mais sans que les revenus suffisent aux besoins du ménage.

Le temps partiel, dont la part a fortement augmenté depuis le début des années 2000, est le premier contrat signé par les travailleurs accueillis au Secours Catholique : 33,3 %, contre 19,3 % des salariés au niveau national en 2016 (référence INSEE).

Parmi les actifs, la part de chômeurs (45%) en recherche d’emploi demeure également très élevée au regard de leur part dans la société française dans son ensemble, mais elle reste stable.

Les emplois aidés sont a priori principalement accessibles à des « publics cibles », tels que nombre de personnes accueillies par Caritas Alsace : les demandeurs d’emploi de longue durée, les bénéficiaires de minima sociaux, les personnes handicapées, les personnes de plus de 50 ans au chômage depuis plus de trois mois, les jeunes sans aucune qualification … Pourtant, durant les quinze dernières années, la part de personnes accueillies en emplois aidés est restée stable au taux très faible de 1 %.

Seul 1% des personnes accueillies par l’association ont accès à la formation professionnelle… Ce sont majoritairement les moins de 25 ans : 25,8% de ceux qui sont en formation, or ils représentent 6% de la population accueillie ; alors que les 50-59 ans, 17% de la population rencontrée, ne sont que 7,7% parmi les personnes en formation professionnelle.

■ LOGEMENT ET CONDITIONS DE VIE

31% des ménages rencontrés en 2016 vivent encore en logement précaire (hôtel, caravane, mobile home, famille, abri, centre d’hébergement, rue, …). Près de trois quarts des ménages rencontrés en 2016 vivent dans des logements stables, en majorité des locations HLM du parc social et des 4

locations du parc privé. L’accès à un logement stable n’est pas gage de sortie de la précarité : les charges directes (loyer, mensualités de crédit) et indirectes (énergie, eau, communication), associées à l’occupation d’un logement, pèsent lourdement dans le budget de ces ménages.

Les loyers bruts médians (APL incluses) ont continué d’augmenter plus rapidement que l’inflation, mais de manière notablement modérée depuis 2010 avec une croissance de 1 %. Le montant des APL n’a pas toujours suivi cette augmentation, si bien que les loyers nets après leur déduction ont quant à eux crû plus vite (+ 1,8 % sur la même période).

Par conséquent, le taux d’effort brut, qui correspond à la part des dépenses de loyers bruts dans les ressources totales du ménage, reste très important : en l’absence d’aides spécifiques, les ménages rencontrés auraient à consacrer près de la moitié de leurs maigres ressources au paiement de leur loyer.

■ ENDETTEMENT

Les situations d’impayés concernent une majorité (61%) des ménages rencontrés par les équipes Caritas Alsace en 2016, toutefois en baisse de 15 points depuis 2012 (76 %). Cette baisse est liée en partie à la part croissante de ménages étrangers sans statut et de ménages en errance (français ou étrangers) qui, faute de logements stables, n’ont pas de dépenses pouvant générer des impayés.

Les dettes sont dues à des budgets difficiles à boucler et non à des dépenses inconsidérées : 54% des impayés sont inférieurs à 1 000 €, seuls 11% dépassent 5 000 €. Les impayés les plus fréquents concernent les loyers (44 %) et les dépenses en énergie (37 %). Les impayés de factures d’eau représentent 5 % des impayés, contrairement au reste de la France-Secours Catholique : 17,7 %.

Lutter contre les préjugés

PRÉJUGÉ : LES PAUVRES PRÉFÈRENT NE PAS TRAVAILLER

Selon le sondage représentatif, réalisé par BeBetter&Co et OpinionWay pour ATD Quart Monde en 2014, 31 % des Français pensent que l’une des principales causes de la pauvreté en France est le système social favorisant l’assistanat.

FAUX La moitié des personnes accueillies à Caritas Alsace sont des actifs qui travaillent ou qui cherchent un emploi. Des femmes qui étaient précédemment au foyer sont désormais en recherche d’emploi. Les jeunes et les seniors sont plus souvent actifs parmi les personnes accueillies au Secours Catholique que dans la population générale.

Une surreprésentation des emplois précaires : Le temps partiel, dont la part a fortement augmenté depuis le début des années 2000, est le premier contrat signé par les travailleurs accueillis au Secours Catholique : 33,3 %, contre 19,3 % des salariés au niveau national en 2016 (référence INSEE).

Des emplois posant des problèmes de mobilité : Le Secours Catholique a mené entre avril et juin 2015 une enquête sur la mobilité et les transports. Plus du tiers des actifs en situation de précarité et travaillant en CDI ayant répondu à cette enquête déclarent avoir des horaires décalés ou atypiques, notamment le week-end (pour 27,9 % des actifs en situation de précarité). Ces horaires ont évidemment des conséquences en matière de mobilité pour les personnes qui n’ont pas de voiture. Malgré cela, elles trouvent des solutions pour se rendre à leur travail ou pour chercher un emploi ; elles dépensent dans cette adaptation constante une énergie considérable.

PRÉJUGÉ : LES ÉTRANGERS VIENNENT PROFITER DE LA GÉNÉROSITÉ DU SYSTÈME SOCIAL FRANÇAIS

Les résultats du QCM Démarche itinérante, réalisé par le Secours Catholique au printemps 2016, révèlent que 4 personnes sur 10 ne sont pas choquées par cette affirmation.

FAUX Il convient tout d’abord de souligner qu’au sein des ménages rencontrés, le niveau de revenu mensuel médian des ménages étrangers (139 €) est bien plus faible que celui des ménages français (930 €). Ainsi, si le niveau de ressources des ménages français en situation de précarité est loin de leur assurer un niveau de vie décent, les ménages étrangers ne vivent pas mieux. La grande précarité des ménages étrangers s’explique en partie par la forte proportion de ménages étrangers accueillis qui ne perçoivent aucunes ressources (44 %). Le système social français n’apparaît donc pas particulièrement généreux avec les étrangers en situation de précarité, soit parce que, sans statut légal stable, ils n’ont qu’un accès restreint à de maigres prestations, soit parce que, lorsque ces droits existent (et sont connus), la lourdeur et la complexité des procédures condamnent bon nombre d’étrangers à ne pas les faire valoir.

À titre illustratif, le taux de non-recours au RSA socle est plus important parmi les étrangers qui peuvent y prétendre. Respectivement 71 % des étrangers de l’UE rencontrés et 48 % des étrangers hors UE (en situation régulière et présents sur le territoire depuis plus de cinq ans) ne perçoivent pas le RSA socle auquel ils pourraient prétendre. Seuls 57 % des ménages étrangers potentiellement couverts par les allocations familiales en bénéficient effectivement. Près des 4/5 des chômeurs étrangers rencontrés ne perçoivent pas d’indemnités.

PRÉJUGÉ : LES PAUVRES SONT DES ASSISTÉS ET DES FRAUDEURS

D’après le sondage représentatif, 1 personne sur 5 pense que le niveau des aides sociales est trop élevé, et 1 sur 2 que la priorité pour lutter contre la pauvreté devrait être de lutter contre la fraude sociale.

FAUX L’essai publié par ATD Quart Monde en 2016 révèle que la France est du point de vue des minimas sociaux au même niveau que la moyenne européenne. Ainsi, une personne seule en France perçoit en moyenne 655 € de minima sociaux. En Allemagne, ce montant atteint, en parité de pouvoir d’achat, 772 €, il est de 699 € en Belgique, et de 784 € au Danemark.

L’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) publiait en 2012 un ouvrage sur la « fraude sociale versus non-recours », dans lequel il est estimé que si la fraude au RSA représente 170 millions d’euros, le montant du non-recours aux aides sociales, lui, atteint un montant bien supérieur. Ainsi, pour le RSA seul, l’observatoire estime que chaque année, 5,3 milliards d’euros ne sont pas versés à des ayants droit. Le non-recours à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et à l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé représenterait 800 millions d’euros non versés. Et le montant d’allocations non versées par les CAF en 2011 est estimé à 4,7 milliards €. De même, parmi les ayants droit dans la population accueillie au Secours Catholique en 2016, seuls 69 % des ménages français ou étrangers en règle avec au moins deux enfants de moins de 20 ans à charge touchent des allocations familiales, soit 31% qui n’en touchent pas.

PRÉJUGÉ : LES PAUVRES NE SAVENT PAS GÉRER LEUR BUDGET

Seuls 53 % des Français interrogés lors de la démarche itinérante se disent choqués par une telle affirmation.

FAUX Une comparaison des niveaux de vie des ménages rencontrés à Caritas Alsace et de ceux de la population générale montre aisément que les premiers doivent composer avec des budgets extrêmement serrés qui se situent, le plus souvent, dans la tranche la plus faible des revenus de la population. Face à ce budget serré, les ménages les plus pauvres font face à des dépenses de plus en plus élevées. En effet, d’après l’Insee, le prix des biens consommés par les ménages les plus modestes augmente fortement depuis 2010, et plus rapidement que pour le reste de la population. Les loyers, les factures d’énergie, d’eau et d’enlèvement des ordures ménagères, qui représentent près de 20 % de la consommation des ménages les plus modestes (contre 10 % de la consommation des ménages les plus aisés), ont vu leur prix fortement augmenter depuis le début de la décennie.

Des adaptations pour faire face aux dépenses trop élevées : C’est ainsi qu’apparaissent clairement les choix auxquels sont confrontés les locataires ou propriétaires pauvres pour survivre : privilégier les dépenses alimentaires au risque de ne pas être en mesure de payer loyers ou factures, ou faire appel à l’aide alimentaire afin de ne pas s’endetter. Car malgré des ajustements ingénieux et nécessaires, ils ne peuvent subvenir à tous leurs besoins sans appuis.