Repenser l’Europe

Pape_Francois-repenser-europeLe Saint-Siège et la COMECE organisent, fin octobre au Vatican, le dialogue de Rome sur l’avenir de l’Union européenne auquel participera le Pape François.

Au commencement de l’unification européenne était une idée. En 1923, Richard Coudenhove-Kalergi écrit son ouvrage programmatique «Pan-Europe», dans lequel il propose une confédération d’États européens allant de la Pologne au Portugal. Jacques Maritain développe en 1940, au milieu de la Seconde Guerre mondiale, la vision d’une Europe fédérale s’appuyant sur des fondements chrétiens. Il y prophétise: «L’Europe fédérale n’existera que si l’esprit chrétien la fait exister. Il est clair que tout grand idéal peut être trahi; mais il est évident aussi que cet espoir est le seul qui nous reste; et il y a assez de signes pour tenir raisonnablement qu’avec le lot de déficiences et de misères inséparables des choses humaines et après que peut-être il aura fallu tout reprendre à ras de terre, cet espoir se réalisera.»

L’ancien Chancelier fédéral, Helmut Kohl, récemment disparu, fait également partie de ces visionnaires de l’Europe unie. Il écrivait en 2012: «Ma vision pour l’Europe était et reste celle de ses pères fondateurs: c’est la vision d’une Europe unie, c’est-à-dire d’une cohabitation sans cesse plus étroite sur notre continent.» Jean-Claude Juncker l’a qualifié de patriote allemand mais aussi de patriote européen lors de la cérémonie d’hommage qui s’est déroulée au Parlement de Strasbourg. L’ancien président des États-Unis, Bill Clinton, a déclaré qu’Helmut Kohl avait voulu un monde dans lequel la coopération l’emporte sur les conflits: «Il voulait créer un monde dans lequel personne ne domine.» Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a souligné quant à lui: «Toujours et partout, il a défendu la dignité humaine, contre les murs, les rideaux de fer et les totalitarismes.»

C’est dans cette large perspective que s’inscrit le Dialogue de Rome, que la COMECE, conjointement avec le Saint-Siège, organise du 27 au 29 octobre 2017 au Vatican, à l’occasion du soixantième anniversaire des traités de Rome. Il sera placé sous le thème: «(Re)penser l’Europe. Une contribution chrétienne à l’avenir de l’Union Européenne.» 350 participants de l’Église et du monde politique réfléchiront (à nouveau) aux défis qui se posent à l’UE aujourd’hui.

Récemment, dans le cadre d´un séminaire de dialogue entre les Églises et la Commission européenne en vue du livre blanc sur l’avenir de l’Europe, la critique a porté sur la trop courte vue d’une perspective ne visant ici que l’horizon 2025. Les pères fondateurs de la construction européenne auraient pensé en périodes de plusieurs décennies.

Un article paru au printemps 2011 dans la revue intellectuelle française «Esprit» sous le titre «Les labyrinthes du politique» soutient une argumentation similaire. Une distinction y est faite entre deux temporalités variables du politique: soit, une temporalité à court terme obéissant à la dictature de l’urgence et à la pression électorale et médiatique, soit une temporalité à long terme abordant les grandes questions politiques que sont le changement climatique, la dette publique, les inégalités mondiales et le défi démographique (vieillissement des populations). Son auteur: Emmanuel Macron, l’actuel président français.

De par sa longue histoire et son indépendance politique, l’Église pense depuis toujours dans le cadre d’une temporalité longue. Bien entendu, on peut se demander si, en fin de compte, ces nombreuses journées de réflexion et de discussions contribueront à l’avenir de l’Europe sur le plan de la realpolitik. Selon le philosophe et sociologue allemand de la culture, Georg Simmel (1858-1918): «Rien n’est jamais arrivé dans le monde comme l’ont imaginé les prophètes et les grands leaders, mais, sans eux, il ne serait rien arrivé du tout.» Tel est aussi le cas de l’histoire de l’Union européenne et de son avenir.

Martin Maier SJ, JESC