Hommage aux Malgré elles

malgre_ellesDurant la seconde guerre mondiale, de nombreuses femmes alsaciennes et mosellanes furent enrôlées de force par l’Allemagne nazie. Elles sont appelées des Malgré elles et ce n’est qu’en 2008 que la France  reconnue les drames qu’elles vécurent.

Pour leur rendre hommage, l’association Avanti organise le week-end du 13 et 14 mai un hommage à ces Malgré elles et à leurs descendants en deux temps :

  • Le samedi 13 mai de 14h à 17h une rencontre avec témoignages au Temple Neuf à Strasbourg, place du temple Neuf
  • Le dimanche 14 mai à 15h en la cathédrale de Strasbourg, une célébration oecuménique de mémoire présidée par Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque émérite de Strasbourg, et le pasteur Philippe Gunther, inspecteur ecclésiastique de Strasbourg.

Ces temps forts sont ouverts librement au public.

Écoutons Marie Pia Cattin, membre de l’association Aventi

Qui sont les malgré elles

Les Malgré-elles sont des femmes originaires d’Alsace et de Moselle sous occupation nazie lors de la Seconde Guerre mondiale, qui, à l’instar des Malgré-nous, ont été enrôlées de force dans différentes structures nazies durant la période de 1942 à 1945.

Elles furent incorporées dans le RAD (Reichsarbeitsdienst ou service national du travail), dans le KHD (Kriegshilfsdienst ou service auxiliaire de guerre pour les femmes) et dans l’armée régulière allemande, la Wehrmacht. Ce fut également le cas de nombreuses femmes originaires de Belgique (cantons de l’Est et Pays d’Arlon) et du Luxembourg.

Ce terme de « Malgré-elles » est réfuté par nombre d’entre elles, parce que d’origine journalistique1 ; elles lui préfèrent le terme d’« incorporées de force ».

Leur situation a été longtemps ignorée et ce n’est que le 17 juillet 20083 qu’un accord d’indemnisation a été conclu entre Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d’État aux Anciens combattants et le président de la Fondation entente franco-allemande, gérante des fonds versés par les autorités allemandes, au titre de dédommagement moral aux Malgré-nous.

Lors de la signature de l‘armistice du 22 juin 1940, les Nazis incorporèrent au Reich, sans aucun texte juridique, unilatéralement, les trois départements frontaliers (Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle). Cette annexion n’avait aucun support juridique. En effet, à Compiègne, lors de la discussion des modalités de l’armistice, la question du devenir de ces territoires avait été délibérément écartée des négociations. Les nazis arguèrent la tradition linguistique (expression en un dialecte alémanique de la vallée du Rhin ainsi que la proximité de l’Allemagne et l’histoire locale (historiquement l’Alsace avait appartenu à l’Allemagne).

L’Alsace fut rattachée au Gau de Bade, la Moselle au Gau de Sarre-Palatinat.

Une partie des populations avait déjà évacuée, les autorités françaises anticipant la future transformation des frontières de l’Allemagne.

Il y a eu conscription forcée, les jeunes filles allaient être appelées au RAD de la même manière et aux mêmes dates que les garçons. L’incorporation au RAD débuta en février 1941 ; puis différentes classes allant de 1922 à 1924 furent appelées. Au total, le contingent de jeunes femmes sera de 15.000 entre 1941 et 1945 (âges s’échelonnant de 17 ans à 25 ans ou plus pour certaines). Le recrutement « volontaire » faisant preuve de peu d’empressement, la conscription devint forcée (garçons et filles). Des rebellions éclatèrent ça et là, réprimées sévèrement (Sippenhafter). Peu à peu beaucoup rejoignirent le RAD sans plus attendre. Les familles, les voisins et amis des réfractaires subissaient une punition au nom de la « responsabilité du clan ».

Les Nazis se sont vite rendus compte que beaucoup d’Alsaciens étaient, en fait, des opposants, les autorités du RAD les ont affectés à des camps très éloignés (Autriche, Pologne, Yougoslavie, Sudètes, …), rendant les relations avec les familles plus difficiles. Les correspondances se faisaient par cartes postales facilitant la surveillance et la censure postale.

Des emprisonnements, des sévices (passages à tabac) et des vexations contribuèrent à développer une résistance sourde gênant considérablement les desseins de la puissance occupante, allant jusqu’au développement de groupes de résistance.

Cette vie se déroulait, majoritairement, en camps (bâtiments désaffectés, foyers de jeunes, maisons de maître expulsés, baraquements). Quelques camps étaient en Alsace (Roeschwoog, Batzendorf ou Oberlauterbach).

La circulation des jeunes filles était contrôlée par un poste de sécurité, il y a eu parfois des sentinelles armées.

Au milieu du camp, il y avait la Fahnenplatz (un mat aux couleurs). C’est là que se faisait la prestation de serment à Hitler au au Reich. L’éducation devait faire de ces jeunes filles de parfaites femmes d’intérieur, sans oublier les cours d’endoctrinement.

La journée, sous l’autorité de la Führerin assistée de ses Unterführerinnen se déroulait avec :

  • lever à 6 h du matin,
  • gymnastique,
  • lever des couleurs (drapeau nazi),
  • douche, rangements divers dans les chambres,
  • petit déjeuner succinct,
  • endoctrinementt,
  • départ pour le lieu de travail (ferme ou usine,
  • retour vers 17heurs,
  • cours de politique,
  • temps libre, dîner vers 19 h,
  • extinction des feux vers 22 h.

Après leur formation au RAD, les jeunes femmes n’en avaient pas fini avec le service nazi, la majorité était transférées à l’Aussendienst (Service du travail extérieur).

Elles partaient travailler aux champs ou dans les usines (armement, munitions) ou comme auxiliaires (service des projecteurs de la Luftwaffe). Elles ont été affectées à des travaux pénibles (tranchées, schlittage de bois). Les plus chanceuses étaient affectées dans des commerces de ville (boulangeries, boucheries, femmes de ménage, …). Dans les fermes les attendaient des travaux pénibles (écuries et étables à nettoyer, rangement du bois coupé, binage des légumes, etc. Les affectations changeaient toutes les trois semaines.

Toutes ces jeunes filles ont manifesté un courage et des aptitudes insoupçonnées, face aux sévices et à l’endoctrinement forcé.