Les 4 saisons de l’œcuménisme

Les 4 saisons de l’œcuménisme ou les multiples facettes de Communion

jj-boeglinLe 23 janvier dernier a eu lieu la traditionnelle « Journée Œcuménique des Eglises » dont le diocèse de Strasbourg fut, cette année, l’organisateur. Trois institutions portent cet événement : l’UEPAL, le diocèse de Metz et le nôtre.

Le thème retenu pour ce jour attira particulièrement notre attention. En effet, nous avions demandé à deux acteurs de l’œcuménisme de nous présenter leurs activités.

M. le Pasteur Rudi Popp, du Temple Neuf, et M. l’Archiprêtre Michel Wackenheim organisent depuis deux à trois années déjà diverses célébrations œcuméniques ainsi que des temps de prière. Sans entrer trop dans les détails, signalons l’une de leurs initiatives : le premier dimanche du mois, à midi, au Temple-Neuf, est offert aux personnes qui le désirent un temps de célébration où l’aspect communautaire et la démarche individuelle sont arrivés à cohabiter. On connaît, dans notre diocèse, les talents musicaux et le sens liturgique de M. le Chanoine Wackenheim. Dans le cadre de l’UEPAL, la personnalité pastorale entreprenante de M. Popp a bien marqué de son empreinte la vie et le bâtiment du Temple-Neuf.

Vous pourriez vous informer chez M. l’Archiprêtre sur ce style de célébration qui, pour une fois, est au delà de nos cadres simplement confessionnels classiques !

Pour ma part, je souligne qu’un œcuménisme qui se limiterait à quelques activités, durant la semaine de prière du 18 au 25 janvier, n’est guère crédible et a, probablement, peu d’intérêt, notamment aux yeux du grand public de nos Eglises.

C’est donc pour un œcuménisme plus concret que je plaide. Je l’appelle les « 4 saisons de l’œcuménisme ».

Pourquoi ne pas prévoir une semaine de prière pour l’unité des chrétiens autour de la fête de la Pentecôte ? La place accordée à l’Esprit Saint a remarquablement augmentée dans notre Eglise d’Occident. Mais en tirons-nous suffisamment la conclusion que l’Esprit est bien celui qui réalise la communion en poussant les Eglises vers une unité concrète ?

Autour de la Pentecôte, pourquoi ne pas prévoir un grand moment de prière adressée à l’Esprit ? Pourquoi ne pas investir le lundi de Pentecôte, dans notre région où cohabitent des paroisses chrétiennes différentes, d’un temps fort œcuménique :

  • Une célébration commune longuement préparée, une convivialité qui se présente comme ouverte à tous, du genre, une fête inter-paroissiale ?
  • Un pèlerinage inter-paroissial commun à un lieu symbolique.
  • Un événement culturel avec un témoin ou un artiste chrétien ?

Mais, l’Esprit Saint nous éclaire sans cesse sur le Fils et son ministère de Sauveur-Rédempteur. Le cœur de l’activité et de la vie chrétienne, c’est évidemment Pâques, le Mystère pascal. C’est donc au cœur de ce cœur, si je puis le dire ainsi, que les paroisses chrétiennes doivent se sentir poussées à exprimer leur foi centrale commune : le Christ, notre unique Sauveur, dans sa croix, sa Mort et sa Résurrection.

Là aussi, la paroisse de la Cathédrale et le Temple Neuf ont innové : tous les ans, le Vendredi Saint, à midi, elles organisent un chemin de croix partant du Temple Neuf, traversant quelques rues de Strasbourg et aboutissant à la Cathédrale. La Croix, portée par diverses personnes, est grande et visible. Elle « parle » d’elle-même ! Des extraits de la Passion, des prières et des méditations courtes rythment cette marche à la suite du Sauveur.

Reste alors la 4ème saison, celle de la rentrée pastorale. Nous avons des traditions locales bien ancrées dans nos paroisses respectives. Toutefois, rendre grâce pour l’année nouvelle, prier pour le renouveau de nos initiatives pastorales et décider, par exemple, entre conseils des diverses paroisses chrétiennes d’un même territoire, d’un ou deux actes à poser, durant l’année pastorale nouvelle, est possible et souhaitable.

C’est aussi l’occasion de faire connaître l’une ou l’autre activité de nos deux commissions œcuméniques, notamment le beau fascicule imprimé récemment sur le mariage inter-confessionnel. Nous avons, en Alsace, beaucoup de célébrations nuptiales entre catholiques, protestants, orthodoxes et évangéliques. Or, le nouveau fascicule, qui a été le fruit de deux années de travail d’une équipe issue de la Communion Œcuménique, n’a pas été assez présenté au grand public. Je voudrais vous inviter à acquérir ce document, à le promouvoir dans vos paroisses, auprès des groupes, des conseils et à l’offrir aux couples interconfessionnels, le cas échéant.

L’avantage de ce livret réside dans le choix de donner tous les éléments concrets exigés par chaque Eglise, sans négliger la théologie du mariage de celle-ci. Il est comparable à un petit « catéchisme » concret et théologique à la fois.

En conclusion, laissez-moi vous rappeler les multiples registres par lesquelles s’exprime, notre désir de plus grande  Communion ecclésiale :

La musique, le chant et l’art :

Pourquoi ne pas créer une chorale commune entre des paroisses différentes ? N’oublions pas les quelques paroisses orthodoxes du diocèse !

La réflexion, l’étude, la spiritualité :

Un groupe de réflexion théologique et spirituelle approfondie pour mieux comprendre le rôle de l’Esprit Saint, la place de l’Eucharistie, et celle des charismes dans l’Eglise ? Importance de l’œcuménisme spirituel.

La vie de prière :

Un groupe de prière œcuménique à lancer, par exemple, autour de la Parole de Dieu, notamment des psaumes ?

Envisager des Laudes ou des Vêpres communes une fois par semaine ?

L’échange de chaire :

Savoir accueillir, la prédication d’un ministre d’une autre Eglise. Je tiens beaucoup à cette conviction : au moins une fois dans sa vie chrétienne, avoir « appris » le Christ par une autre Eglise que la mienne !

Créer ou renouveler les groupes bibliques œcuméniques :

Beaucoup existent en Alsace, mais ils sont vieillissants. Notre enquête œcuménique l’a bien montré. Les reconstituer sur la base des nouvelles manières de lire la Bible et des questions culturelles des hommes de ce temps. L’ouverture à la Parole, étudiée avec intelligence et amour, peut aider à voir clair dans les évolutions anthropologiques contemporaines.

Construire de belles célébrations œcuméniques aux 4 saisons de la vie chrétienne, comme je viens de le dire :

Une semaine de prière pour l’unité de l’Eglise et du monde de l’Ascension au lundi de Pentecôte ?

Enfin, ne pas trop vite dire que, pour l’aspect caritatif, on fait déjà beaucoup :

Avec le Pape François, se rendre compte que si l’œcuménisme n’arrive pas jusqu’au soulagement des souffrances de nos contemporains, il n’a pas beaucoup d’intérêt, du moins aux yeux de la plupart de nos contemporains. Les souffrances à soulager sont de divers ordres ; le service pour plus de justice et le respect du droit des personnes humaines plus pauvres y sont inscrits.

Et les paroisses catholiques qui n’ont pas de vis-à-vis protestant ?

Je crois pouvoir répondre à cette question – qu’on me pose régulièrement – en me fondant sur notre nouvelle structuration pastorale en communautés de paroisses. Dans la plupart des paroisses en réseau communautaire existent des communautés protestantes, parfois évangéliques et plus rarement orthodoxes.

Toujours est-il que, l’effort que tous devraient entreprendre, c’est de purger notre culture catholique, par exemple, catéchétique, de certains clichés, ou stupides, ou littéralement malveillants, sur les autres chrétiens. Une mentalité nouvelle est déjà en train de naître à ce niveau.

Soyons vigilants à ne pas passer à côté de ce que Dieu veut nous proposer par les événements que nous sommes invités à vivre ! Que nous réalisions la prière de Jésus : « Père, que tous soient un ».

Chanoine Jean-Georges BOEGLIN